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De Carthage à Rome en aéroplaneImprimer

Année de publication : 1912

Titre de l'ouvrage : L'illustration - Décembre 1912

Editeur : L'Illustration

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L’aviateur Garros vient, une semaine après le merveilleux vol par lequel il s’attribuait le record de la hauteur, d’accomplir une nouvelle prouesse magnifique; il a effectué le premier voyage aérien d’Afrique en Europe. De Tunis il a gagné Rome en trois étapes, réussissant une traversée maritime d’environ 300 kilomètres, qui eût semblé impossible même au lendemain de la légendaire traversée de la Manche par Blériot.

Au moment où allait paraître notre dernier numéro, le célèbre pilote venait d’atterrir à Trapani, sur les côtes de Sicile; cinq jours plus tard, il arrivait à Rome. Voici, du reste, l’itinéraire sommaire de ce raid merveilleux qui marque une époque dans les annales de l’aviation.

Garros s’envole de Ksar-Saïd, près Tunis le 18 décembre, à 8 heures du matin. Après une courte escale à Marsala, il s’arrête vers 2 heures à Trapani. Une avarie de son monoplan et l’incertitude du temps l’immobilisent durant trois jours.

Il repart le 22 décembre à 7 h. 50 du matin; se repose un instant à Donarella, puis à Pizzo, et s’arrête à Santa Eufemia (Calabre).

Il se remet en route le lendemain matin vers 9 heures, passe au-dessus du Vésuve, et arrive à Naples à 11 heures. Il repart à 1 h. 20, pour s’arrêter à Rome, sur la place d’Armes, à 2 h. 45.

L’atterrissage fut quelque peu mouvementé. Notre correspondant à Rome, M. Robert Vaucher, qui y assista, et put prendre le curieux instantané reproduit ici, nous écrit: « Après un audacieux vol plané, l’appareil de Garros touche le sol. A peine a-t-il roulé une cinquantaine de mètres, que l’hélice butte sur un accident de terrain: le monoplan capote et se met « en pylône », presque complètement vertical. Une compagnie de soldats du génie s’élance au secours de l’aviateur, qui, tout aussitôt, saute légèrement à terre. Il n’a aucun mal ».

Acclamé à ses différentes étapes par une foule enthousiaste, Garros trouva la place d’Armes presque vide; il avait devancé de plus d’une heure l’instant prévu de son arrivée, couvrant en une heure et demie une distance d’environ 200 kilomètres. C’est en gagnant son hôtel en automobile qu’il rencontra M. Nathan, maire de Rome, venu pour le recevoir.

On peut ainsi évaluer les distances franchies par Garros dans les trois étapes de son voyage:
Tunis-Trapani, 320 kilomètres; Trapani-Santa-Eufemia, 400 kilomètres; Santa-Eufemia-Rome, 438 kilomètres.

Cette nouvelle performance d’un de nos plus brillants aviateurs, pilote d’un monoplan Morane-Saulnier, est, d’autant plus remarquable qu’elle s’accomplit dans des conditions atmosphériques peu favorables.

Lors de l’épreuve Paris-Rome, Garros figurait au second rang parmi les quatre pilotes ayant pu atteindre la Ville Eternelle; en se retrouvant sur la place d’Armes, il a dû songer avec une légitime fierté qu’il est le premier aviateur ayant franchi la Méditerranée. Rome, qui ne marchande jamais l’enthousiasme aux belles actions, a chaleureusement accueilli notre compatriote: au banquet qui lui fut offert par l’Aéro-Club d’Italie, le prince Potenziani lui a remis une grande médaille d’or, tandis que le député Montu lui en donnait une autre au nom de « l’Associazione per il movimento dei forestieri ».