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La première chasse dans les airsImprimer

Auteur : M.V.

Année de publication : 1911

Titre de l'ouvrage : La vie au grand air - août 1911 - N° 674

Editeur : La Vie au grand Air

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Hubert Latham est le premier aviateur, et le seul jusqu’ici, qui ait tué un oiseau en vol, du siège de son appareil. C’est le record auquel il tient le plus

HUBERT LATHAM est, on le sait, de retour, depuis quelque temps, d’un voyage autour du monde, commencé après la Coupe Gordon-Bennett de 1910, en Amérique, à laquelle il prit part. Sans avoir abandonné l’aviation, dont il fut un des premiers et un des plus brillants protagonistes, il ne sacrifie plus, pour le moment, aux joies du vol. Ce qui ne l’empêche pas d’avoir dans l’avenir de l’aviation la plus parfaite confiance. Mais, si on lui demande quel est de ses souvenirs celui qui est le plus cher; de ses performances passées, de la tentative de la Manche, des premiers 1.000 mètres en hauteur, etc., celle qui lui tient le plus au cœur, il vous répondra que c’est sa journée de chasse du 22 décembre 1910, au-dessus des marais de Los Angeles et il vous montrera, dépouille opime, le canard qu’il eut la chance de descendre et qui congrûment empaillé, est le testimonial officiel de son record.

La chose a été rapportée en son temps, nous disait Latham l’autre jour, par les journaux français, mais ils ne l’ont pas prise au sérieux. Le mot « canard » en notre langue prête trop facilement à la plaisanterie; si j’avais tué un perdreau ou un faisan, personne n’aurait blagué. Il y a tant de gens dans le monde qui font tant de choses, qu’il est vraiment dur d’être le premier homme à faire quelque chose qui sorte de l’ordinaire. Les canards volaient plus vite que moi, et je dus tirer neuf coup de fusil pour en tuer un. A une nouvelle tentative, ils se méfiaient davantage et s’enfuyaient de loin, avant que j’ai pu les approcher. Mais le premier gibier tué en aéroplane m’appartient et j’ai la faiblesse d’y tenir. Si vous voulez bien me rendre le service d’authentifier cette performance par la voie de la Vie au Grand Air, vous me ferez plaisir. »

Le champion de l’Antoinette est un trop galant homme pour qu’on puisse lui refuser quelque chose et, voici tout d’abord le testimonial adressé par M. John B. Miller, président de la Southern California Edison Company et membre du Bolsa Chica Gun Club de Los Angeles et membre du Comité d’aviation qui organisa le meeting de cette ville.

Le 22 décembre 1910, M, Hubert Latham, en réponse à l’invitation du comité du Bolsa Chica Gun Club, vint sur son monoplan, du champ d’aviation de Dominguez sur les terrains du club où il arriva vers midi. Ces terrains couvrent environ 3.400 acres de marais et de terres en bordure de l’Océan pendant 3 milles. Il y avait là une grande quantité de canards, aussi bien sur les terrains du club que reposant par bandes sur les vagues. Latham, sans s’arrêter au Club house, commença sa chasse et déchargea son fusil, à plusieurs reprises, sur les oiseaux en vols, décrivant des cercles au-dessus de la mer et au-dessus des marais et, finalement, au bout d’une demi-heure, atterrit près du Club house.

Il nous raconta qu’il était sûr d’avoir tué un canard, qu’il avait tiré en arrivant sur le terrain, au-dessus de l’Océan, qu’il était brun avec le ventre blanc ou gris. Nous envoyâmes immédiatement des gens vers l’endroit indiqué, où ils trouvèrent un oiseau répondant à la description que M. Latham en avait faite, vivant, encore mais flottant à la surface de l’eau et blessé à mort. Ils le ramassèrent et reconnurent que c’était une femelle de l’espèce appelée « blue-bill ».

De nombreux membres du Club, du comité d’aviation et plusieurs journalistes ont assisté à cette chasse dont ils peuvent attester l’authenticité. Le canard fut empaillé par le comte Jaro Von Schmidt un grand amateur de taxidermie, et offert à M. Latham avec les compliments du Club, comme un testimonial, de ce qu’il est le premier homme à avoir tiré avec succès un gibier en aéroplane. Le fusil employé par M. Latham est un calibre 20.


John B. MILLER.

Ajoutons que les journaux américains citent comme ayant assisté à cette performance MM. Win. M. Garland, président, Isaac Milbanck, Franck Garbut; du comité d’aviation, M. J. Connell, Stevens, comte Jaro Von Schmidt, Bayley, Dr Haynes, etc., membres du Bolsa Gun Club, toutes personnalités très connues en Amérique, dont le témoignage suffit pour ne laisser aucun doute sur I’authenticité du record du sympathique aviateur français.


M. V.