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L’air et sa conquêteImprimer

Auteur : A. Viger

Année de publication : 1928

Titre de l'ouvrage : Larousse mensuel illustré

Editeur : Librairie Larousse

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On pourra dire de notre siècle qu’il aura été celui de la conquête de l’air: c’est en 1908, en effet, que des aéroplanes ont pu, pour la première fois naviguer dans l’atmosphère, en suivant des itinéraires déterminés. Vingt ans se sont écoulés depuis cette date et l’avion s’annonce comme le maître du monde: jamais progrès n’auront été aussi foudroyants. C’est donc avec un juste sentiment de l’actualité et de l’intérêt présenté par la question que le professeur Berget a conçu et écrit le livre très remarquable qu’il nous présente aujourd’hui.

Tout le monde, en effet, veut connaître les principes de l’aviation, les difficultés que présente la navigation aérienne, la manière dont ces difficultés ont été vaincues, les conditions actuelles des voyages aériens, leur commodité, leur utilité, bientôt même leur nécessité; on veut savoir à quoi sert l’aviation, ce qu’elle a été hier, ce qu’elle est aujourd’hui, ce qu’elle sera demain.

A toutes ces questions, l’ouvrage du professeur Berget donne une réponse claire, simple et précise: quand on l’a lu, on a appris sans difficulté, – et, par conséquent, on sait – comment est fait un avion, comment il se construit; quelles études minutieuses demande son établissement, combien délicate est sa conduite; on sait quelles qualités d’endurance, de valeur technique, de courage et de sang-froid doit posséder le pilote chargé de conduire à travers l’atmosphère des passagers ou des correspondances postales; on est au courant des performances successives, des exploits prodigieux de nos aviateurs, depuis la traversée de la Manche par Blériot en juillet 1909, jusqu’à la traversée de l’Atlantique par Lindbergh en mai 1927. Et l’on comprend pourquoi l’on peut envisager avec confiance l’avenir de la locomotion aérienne, que l’auteur expose dans un chapitre final, du plus puissant intérêt.

L’avion n’est plus une curiosité: c’est un véhicule pratique et qui le sera encore plus dans un avenir très prochain. On apprécie d’autant plus ces progrès qu’on peut les comparer aux débuts de l’aéronautique, par ballons ou dirigeables, résumés au début du livre. Pourtant, il y a une difficulté, plus grande que les autres, à vaincre en matière d’aviation: cette difficulté provient du milieu même où l’oiseau artificiel est contraint de se mouvoir, c’est-à-dire de l’air.

L’air, en effet, l’« océan aérien » comme on l’appelle si justement, est un milieu essentiellement capricieux. Son régime, instable, passe en peu de temps du calme absolu à la tempête violente. La pression qu’il exerce et dont les variations commandent tout le mécanisme de la circulation atmosphérique, oscille perpétuellement; sa température varie des plus grandes chaleurs aux froids les plus extrêmes, et les aviateurs, au cours de leurs ascensions, sont exposés à rencontrer, dans les couches élevées qu’ils atteignent, des conditions qui rappellent celles de la Sibérie ou du Groenland.

Le vent, ce grand ennemi du navigateur aérien, a une importance que nul ne saurait nier: quelles sont ses causes ? Quelles sont les lois de ses incessantes fluctuations ? Comment, en quelles régions et à quelles époques prennent naissance ces redoutables tempêtes, les cyclones et les typhons, auxquelles aucun véhicule aérien, dirigeable ou avion, ne saurait s’exposer impunément ?

Et l’électricité atmosphérique, avec ses orages qui sont pour l’aéronaute un danger si terrible, quelle est son origine ? Quelles sont ses lois ? Comment étudier ses manifestations ?

Enfin l’eau dans l’atmosphère, qu’elle soit à l’état de nuages aux formes si variées, de brouillards, de pluie, de neige, de grêle, constitue pour les pilotes un facteur essentiellement « hostile »; quelles sont les règles qui président à ces précipitations aqueuses, si préjudiciables à la bonne réalisation des voyages aériens ?

On conçoit tout l’intérêt que présente cette étude préalable de l’air, indispensable à l’aéronautique sous quelque forme que ce soit. Sans ces connaissances nécessaires relatives à cette science de l’atmosphère qui s’appelle la météorologie, il n’y aurait pas de navigation aérienne possible.

On peut dire que jamais cette science n’a été exposée avec autant de lucidité que dans l’ouvrage du professeur Berget, dont elle forme la première partie; l’auteur y a fait profiter les lecteurs de l’expérience qu’il a acquise en l’enseignant pendant vingt ans à la Sorbonne et à l’Institut océanographique. Son exposé, d’une clarté que l’on pourrait qualifier d’incisive, force la compréhension. Et, de plus, il est complet, car il tient son lecteur au courant des derniers progrès accomplis dans cette voie. Des illustrations splendides réalisées sous la direction du maître L. Rudaux, des photos documentaires uniques, des schémas exceptionnellement clairs, des cartes nombreuses, des planches hors texte en couleurs donnent au livre de Berget une valeur sans précédent.

Mais cet exposé de la météorologie, il fallait en montrer l’utilité, non seulement pour l’aéronautique, mais pour la navigation maritime et pour l’agriculture : de là les chapitres consacrés à la prévision du temps, aussi bien à sa prévision pour le lendemain qu’à sa prévision à longue échéance. Et là, nous sommes dans un domaine qui nous intéresse tous, aussi bien le commandant d’un navire que le pilote d’un avion, aussi bien le cultivateur que le voyageur, que le simple touriste, ou le, citoyen appelé à sortir de sa demeure et à se risquer sur la route ou simplement dans la rue, et dont le déplacement sera agréable ou pénible suivant le temps qu’il fera. Cette partie de l’ouvrage est peut-être la plus captivante pour « Monsieur Tout le monde »: elle aussi, est traitée de main de maître.

Une remarque pour terminer: l’auteur a volontairement passé sous silence tout ce qui concerne l’aviation militaire. Trop d’indiscrétions sont commises en cette matière; et l’on ne peut qu’approuver le sentiment patriotique qui l’a incité à garder cette prudente réserve. D’ailleurs, l’aviation civile, postale, commerciale est un champ suffisamment vaste; les nombreuses sociétés aéronautiques: Aéro-Club de France, Aéro-Club de Belgique, Société Française de Navigation aérienne, Association Française aéronautique, etc… , consacrent des efforts admirables à la développer, à la perfectionner, à la propager. L’ouvrage du professeur Berget les aidera dans ces efforts: édité avec un luxe digne de ses frères de la même collection in-quarto, en particulier du Ciel, du même auteur, paru précédemment, il contribuera à faire connaître, aimer, admirer et servir cette prodigieuse « conquête de l’air » qui est une des plus grandes victoires remportées par le génie de l’homme sur les forces de la Nature.

A. VIGER