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L’Aviation Française est d’origine Française sans emprunts étrangersImprimer

Auteur : Lucien Marchis

Année de publication : 1934

Titre de l'ouvrage : Vingt-cinq ans d'Aéronautique Française

Editeur : La chambre syndicale des industries Aéronautiques

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Ce chapitre, rédigé d’après des documents dont l’authenticité a été soigneusement vérifiée, montre que l’aviation française est née des travaux de Français tels que: Ader, Mouillard, capitaine Ferber, colonel Charles Renard, Louis Breguet, Levavasseur, les frères Voisin, Robert Esnault-Pelterie, Louis Blériot, Chauvière, Louis et Laurent Seguin. Henry Farman et SantosDumont, bien que de nationalité étrangère, ont fait tous leurs essais en France au milieu de collaborateurs français. Loin de nous l’idée de ne pas accorder aux recherches de Lilienthal et surtout des frères Wright toute l’importance qu’elles méritent. Mais il faut reconnaître que le soin mis par Orville et Wilbur Wright à tenir secrets les résultats de leurs premiers essais de vol plané, et surtout de vol mécanique, est la preuve irréfutable que ces hommes éminents ne sauraient être considérés comme les inspirateurs des travaux des pionniers français de l’aviation; leurs travaux n’ont eu aucune influence technique sur les débuts de l’aviation en France.

Quand Wilbur Wright est arrivé au Mans, avec son appareil, au milieu de 1908, le biplan Voisin, conçu sur des principes entièrement différents, avait bouclé le kilomètre et s’élançait déjà au-dessus de la campagne; le monoplan, né des travaux de Levavasseur, de Robert EsnaultPelterie et de Louis. Blériot, ne pouvait être considéré comme d’inspiration américaine.

L’aviation française était issue de ses propres ressources, sans faire aucun emprunt aux frères Wright. Les dispositifs caractérisant leur appareil, le pylône de lancement, les patins, la conjugaison du gauchissement avec le mouvement du gouvernail de direction, la transmission par chaîne croisée, etc…, n’existaient pas dans les appareils français; ils n’ont d’ailleurs pas été conservés et n’ont eu aucune répercussion sur les progrès de ces appareils.

Résumons donc l’œoeuvre de nos pionniers. En 1905, les résultats obtenus par Ader sont oubliés ou inconnus; les travaux du colonel Ch. Renard sur l’hélicoptère ne sont connus que d’une élite et il faut arriver jusqu’en 1907 pour que Louis Breguet, continuateur de Ch. Renard, établisse un appareil à plans sustentateurs tournants capable de quitter le sol avec son moteur, ses approvisionnements et un pilote à bord.

Dès 1890, Chanute, le maître des Wright, connaît la manoeœuvre du gauchissement des ailes. Mais cette découverte essentiellement française reste inconnue des Français; elle nous revient des Etats-Unis avec Wilbur Wright dix-huit ans plus tard.

Les deux protagonistes de l’aviation française sont M. Archdeacon et le capitaine Ferber. L’un et l’autre ne cessent, soit par des articles de journaux, soit par des conférences, soit par la construction de planeurs, d’engager les chercheurs dans la voie du « plus lourd que l’air ». M. Archdeacon fonde, au début de 1904, avec le grand mécène de l’aéronautique, Henry Deutsch de la Meurthe, le premier Prix d’Aviation, ce prix de 50.000 francs qui a marqué une étape capitale de la conquête de l’air par l’avion.

Encouragé par M. Archdeacon et par Ferber, Gabriel Voisin construit et essaie lui-même des modèles de planeurs; en collaboration avec son frère Charles, il construit, dès 1906, un biplan sur lequel il monte un moteur à explosion; c’est avec cet appareil que Charles Voisin se classe comme le premier Français ayant réussi un vol mécanique avec un tel moteur. Cet appareil, légèrement perfectionné, permet à Henry Farman, au début de 1908, de gagner le prix Deutsch.

A cette même époque, dès 1903-1904, un jeune savant, M. Robert Esnault-Pelterie, se passionne pour le vol plané et effectue des expériences qui lui font découvrir quelques-uns des principes de l’aérodynamique que viendront, vers 1910, corroborer les recherches de laboratoire. Il donne, dès 1905, la théorie devenue classique du moteur d’aviation en étoile, construit un tel moteur et, dès le mois de juin 1908, il s’élève dans l’air avec un monoplan presque entièrement métallique et portant un frein hydropneumatique de son invention, frein qui lui sauve d’ailleurs la vie. Il doit être considéré comme le protagoniste de la construction métallique en aviation et de l’emploi des freins hydropneumatiques.

A côté d’Esnault-Pelterie, Levavasseur construit lui aussi un moteur d’aviation et un monoplan. C’est avec le moteur Antoinette de Levavasseur que les premiers pionniers de l’aviation réussissent la plupart de leurs vols mécaniques du début; c’est avec le monoplan Antoinette que Hubert Latham accomplit, en 1909, une série de vols remarquables, dénotant une mise au point qui ne peut être que le résultat de nombreux mois de recherches.

L’année 1908 voit le triomphe du biplan avec le bouclage du kilomètre par Henry Farman et les vols impressionnants de Wilbur Wright au camp d’Auvours avec un appareil dont l’étude poussée à fond est incontestable. Henry Farman, au camp de Châlons, ne se contente plus de tourner au-dessus d’un terrain propice à l’atterrissage; il inaugure la série des vols au-dessus de la campagne, risquant ainsi l’atterrissage sur un terrain quelconque.

Mais l’année 1909 réserve à l’aviation française en général et plus particulièrement au monoplan une suite de triomphes, dont un au moins à un immense retentissement dans le monde. C’est la première traversée de la Manche par Blériot. Depuis 1907, celui-ci travaille avec un admirable acharnement la question du vol mécanique par avion.

Après une série d’essais infructueux, qui auraient rebuté un caractère moins bien trempé, Louis Blériot met au point un monoplan, avec lequel, non content de voyager au-dessus de la campagne, il s’élance au-dessus de la mer, disputant à un autre brillant aviateur la réussite de la première traversée maritime.

Louis Blériot avait alors sur son appareil un moteur Anzani qui a conduit à la victoire d’autres avions. Mais apparaît à cette époque un moteur, le Gnome de Louis et Laurent Seguin, qui, durant les années suivantes, permettra le développement merveilleux de l’aviation française et équipera la plupart des avions qui vont sillonner le ciel de la France et de l’Europe.

Il convient enfin de rappeler que les constructeurs d’hélices, et, en particulier, Chauvière, ont aussi leur part dans ces brillants débuts de l’aviation française.

On peut donc dire que, vers le milieu de l’année 1909, des Français ont construit plusieurs types d’aéroplanes, biplans et monoplans, capables de voler pendant au moins une heure sans atterrir et de monter à une altitude un peu supérieure à 100 mètres.

Ces planeurs et moteurs, d’origine bien française, ont été conçus et mis au point en dehors de toute inspiration étrangère. Une telle affirmation ne diminue pas le mérite de ceux qui, hors de France, ont réussi de leur côté à donner une première solution au problème de l’aéroplane; mais il serait injuste de leur attribuer uniquement la paternité de l’idée du vol mécanique et de sa réalisation dans le monde et particulièrement en France.