la-vie-au-grand-air-677-septembre-1911

Mes vols à MadagascarImprimer

Auteur : Raoult

Année de publication : 1911

Titre de l'ouvrage : La vie au grand air - septembre 1911 - N° 677

Editeur : La Vie au Grand Air

Partager

L’aviateur Raoult, administrateur colonial, chargé du service d’aviation à Madagascar, raconte ses débuts à Tananarive aux lecteurs de la Vie au Grand Air.

L’’hiver dernier, je fis mon apprentissage à l’aérodrome Blériot, à Pau. Je me souviens que dès la première leçon que me donna l’excellent professeur Colin, je crus que rien n’était plus simple que de s’élever et d’évoluer. Hélas ! il me fallut vite revenir sur cette fausse opinion. Grâce à des conseils éclairés, grâce à l’exemple donné par mes camarades d’école, André Beaumont, alors Conneau – de Rose, de Malherbe, Gouin, de Goys, pilotes militaires, par les regrettés lieutenants Princeteau et Bague et par le pauvre Lemartin, par les champions enfin, Leblanc, Legagneux, sans oublier la gracieuse aviatrice Jeanne Herveu, je parvins à passer mon brevet. Une fois munie de ce précieux diplôme, je repartis à Madagascar.

Dès mon retour, je fis préparer un aérodrome sur le plateau d’Androhibé. Les tribunes qui y avaient été autrefois édifiées furent démolies, le terrain nivelé avec rapidité grâce au zèle des fokon’ofona d’Itapy et d’Analamahitsy.

Puis j’attendis impatiemment, oh ! combien ! l’arrivée du paquebot qui allait m’apporter mes ailes. Tout Madagascar était anxieux d’avoir enfin son aviateur. J’allais emporter dans les airs tous les espoirs de mes compatriotes et des indigènes. Enfin un matin, arrivait une imposante caisse de 7 m. 50 de long sur 2 m. 20 de haut et d’un poids de 1.073 kilos. Nous ne nous refusons rien à la colonie ! L’un, des côtés portait cette inscription: « Madagascar. Gouvernement général. Aéroplane et rechange. Port d’embarquement: Marseille. Fournisseur: L. Blériot, route de la Révolte. Levallois-Perret. »

Le jour de ma première envolée, un service d’ordre très sérieux fonctionnait pour éviter toutes chances d’accidents. Pousses et filanzanes devaient rester en dehors du champ d’aviation.

Dès que j’ai pris place dans mon baquet, les mains se tendent avec émotion. Je crois assister à mon enterrement. Brr ! Je décolle, je prends de la hauteur, pique droit vers la résidence, file sur le Palais de la Reine, le double à 600 mètres, évolue pendant une demi-heure et reviens atterrir.

A 600 mètres au-dessus du Palais de la Reine, c’est-à-dire à 2.000 mètres d’altitude, je fus littéralement ébloui par la splendeur du point de vue: Tananarive en réduction, avec sur ses toits en pente, la féerie du soleil levant, la cuvette de Mahamasina microscopique, et, fermant le décor, la chaîne interrompue de l’Emyrne. J’ai même essayé d’apercevoir la mer, mais une brume légère m’en empêcha. Le froid me fit beaucoup souffrir. A ma descente, le carburateur était absolument gelé.