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Une usine modèle d’aéroplaneImprimer

Auteur : Victor Lefevre

Année de publication : 1912

Titre de l'ouvrage : La vie au grand air - Avril 1912 - numéro 709

Editeur : La Vie au Grand Air

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Chaque jour amène en toutes choses de nouveaux progrès, aussi bien dans le domaine du sport que dans celui de l’industrie ou de la science. Que de volontés, que de génies se sont unis, pour arriver à de tels résultats ! Pour le prouver, parlons de l’œoeuvre des frères Farman.

Ils sont trois. Par rang d’âge Dick, Henry et Maurice. Les deux derniers sont de beaucoup les plus connus. Leur mérite, leur intelligence, leur valeur morale et physique en ont fait de véritables « jumeaux ». Dick, lui, serait un peu le papa d’Henry et de Maurice, si tous trois n’avaient la joie de posséder toujours l’affection de celui qui a le bonheur d’avoir donné le jour à trois hommes semblables.

Les Farman ont fait construire à Billancourt, une usine qui leur coûte un million et d’une superficie de 12.000 mètres carrés. La visite de cette usine-modèle est donc des plus intéressantes. On y apprend que le frêne, le peuplier et le vulgaire sapin sont les bois employés dans la fabrication des aéroplanes.


Le frêne est le plus résistant de tous, mais il est le plus lourd. Aussi est-il employé pour les parties qui travaillent le plus, les montants, les longerons, les parties essentielles.
Le peuplier est employé pour les parties courbes et de faible épaisseur, telles sont les lattes des ailes.
Le sapin est employé dans les parties qui ne travaillent pas et qui ont besoin d’un bois creux et léger. Comme vous pouvez vous en rendre compte, nous sommes en ce moment, à la menuiserie. C’est là qu’est débité et façonné le bois brut. Comme machines – toutes fonctionnent à I’électricité – nous trouvons les scies, les raboteuses, les planeuses qui taillent les pièces au gabarit et les toupilleuses qui creusent le bois.
Car le bois est creusé, certaines parties restent pleines; ce sont celles où passeront des boulons.
Les montants sont ensuite collés à chaud (40°) dans une chambre chaude, puis liés solidement avec des bandelettes et le tout est verni. Ainsi est obtenue une pièce solide et légère.
En bien des parties, le bois doit être cintré. Le frêne est le plus employé pour cet usage.

Nous voici maintenant dans une salle où sont fabriquées les ailes. C’est un travail de façonnage particulièrement méticuleux. Ici se font l’entoilage et là la peinture, le vernissage et l’émaillage. Une forte odeur de chloroforme se dégage. Il entre en effet dans la composition du vernis employé pour les ailes, qui doit être extrêmement lisse, une forte dose de cette redoutable drogue. C’est là également que sont émaillées les roues et les parties métalliques qui entrent dans la confection d’un aéroplane.

Nous passons dans une grande salle où sont montées les cellules, puis à côté, une salle plus grande encore où on opère le montage général. Nous voyons la, un appareil qui a déjà volé plus de 15.000 kilomètres et qui revient pour une simple mise au point.

Nous voici maintenant dans la galerie des machines. On se croirait presque chez Berliet, Clément ou Darracq et, c’est bien là un des côtés curieux de cette nouvelle usine d’aéroplanes. On trouve en dehors des tours, des fraiseuses etc., des machines à fabriquer des boulons, des moyeux, des charnières spéciales pris dans la masse, des coulisseaux de direction, merveilles de travail et d’ingéniosité.

Puis nous pénétrons dans un hall long de cent mètres au moins et rigoureusement clos. C’est le magasin où viennent successivement toutes les pièces, au fur et à mesure de leur fabrication.

Enfin, séparées de tout le reste, pour éviter sans doute les risques d’incendie, nous trouvons les forges – il y en a quatre – et la fabrication des capots en coupe-vent, propres aux appareils, Maurice Farman, les réservoirs de cuivre, la soudure autogène, puisqu’il est dit que tout doit être fabriqué dans ces usines.

Aussi, quand vous sortez de là, vous sentez-vous réellement réconforté, car vous vous dites que les aéroplanes de Farman, d’ailleurs des plus estimés dans le monde officiel de l’armée, constituent réellement de belles pièces de mécanique, construites avec un soin scrupuleux et présentant des garanties extraordinaires.

Et malgré vous, en contemplant cette œoeuvre magnifique des Farman, œoeuvre bien française car nos champions non seulement Français de cœoeur et d’esprit sont naturalisés aujourd’hui, vous songez: « Ils n’en ont pas… en Allemagne » puisque d’ailleurs, dans ce pays, berceau de l’aviation, rien de comparable n’existe encore.


VICTOR LEFÈVRE