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20 000 lieues dans les airsImprimer

Auteur : Baron de Foucaucourt

Année de publication : 1938

Editeur : Payot

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Je tiens l’auteur de ce livre pour un aviateur extraordinaire. J’ai fait sa connaissance sur le terrain d’Alger, il y a longtemps déjà. Son premier mot fut pour me mettre dans la confidence de ses projets.
- J’ai l’intention de traverser le Sahara en avion.
- Combien avez-vous d’heures de vol ?
- Quinze.
- Partez.
Plus d’une fois, depuis lors, les performances du baron de Foucaucourt m’ont appris que je ne m’étais pas trompé. Cette décision prématurée s’appuyait sur une poigne de fer, une virtuosité native, une confiance en soi faite d’intelligence réfléchie. On dirait volontiers de notre auteur: « Il se fie à son aile incomparable. » C’est le mot de Michelet pour caractériser l’hirondelle, le meilleur des voiliers.
Heureux ceux à qui l’espace donne cette sensation toujours renouvelée de se plonger dans une source lustrale ! Le reste des hommes, au destin enchaîné, vit à tâtons.
Dans toute belle action il y a instinct et réflexion, mais c’est l’instinct qui mène le monde. « L’instinct souffle où il veut », dit Jules Laforgue. De Foucaucourt, aviateur d’instinct, est devenu par son art volontaire l’un des plus brillants et des plus audacieux pionniers du grand tourisme français.
A son avion qu’une course incessante entraîne, la grâce et la beauté ont ajouté quelque chose ou plus exactement quelqu’un: c’est la jeune et charmante femme du pilote, talisman vivant qu’il a emporté avec lui au-dessus des paysages les plus sévères. Les situations sentimentales seules donnent la mesure de tout. Le « je » que détestait Pascal se change en un « nous» d’un accent délicieux, capable d’alléger toutes les tâches. Impondérable, plus précieux qu’une boussole, dans une carlingue où les forces morales ne se pèsent pas à la même balance que le carburant. Quand le baron de Foucaucourt se penchera plus tard sur les images de son passé et de ses voyages, elles lui apporteront toujours des émotions nouvelles, plus ardentes que celles d’autrefois. Tel sera le miracle de l’Inch’Allah: à jamais il déploiera ses voiles, échappant au sort des goélettes désarmées et moroses.
Quant au livre, reflet de ce poème de l’espace et de l’intimité, il est une peinture exacte des randonnées aériennes d’un équipage apte à tout comprendre et à tout sentir. Succession de petites aquarelles, gouaches pittoresques, où tout est noté d’un sûr pinceau.
Il est autre chose encore et de plus beau et de plus solennel. Bénissons l’auteur d’avoir prouvé qu’il existe chez nous de nobles touristes de l’air, désintéressés, animés de furia, d’adresse, de patience, d’abnégation, de courage, toutes les qualités nécessaires à la permanente création de notre empire.
Certes, l’Inch’Allah en a débordé les frontières. Ce serait lui imposer d’inadmissibles limites que de conseiller à cet esquif, tout orienté vers l’avenir, de ne survoler que de la terre française. Mais son chef de bord, comme tous les modernes conquistadors, a charge d’âmes. Il participe avec ses ailes au maintien de notre héritage national. Le tourisme aérien en Afrique est dans; le sillage et la tradition de nos soldats, de nos administrateurs, de nos savants qui ont conquis ce continent sur les pillards et sur les fièvres. Oui, montrons nos couleurs partout. Repartons à la conquête du monde avec une nouvelle machine. Notre génie dépensé sur les chemins du ciel est capable de produire des œuvres durables et de seconder notre action politique colonisatrice. Toute licence est donnée à M. de Foucaucourt, au cours d’une de ses escales dans ce Sud Algérien qu’il connaît si bien, de graver sur le roc: « Le chef de bord de l’Inch’Allah à son prédécesseur le chef de la 3e Légion romaine ».
Allons ! Nous ne sommes pas encore arrivés à ce temps prédit par le prophète Proudhon ou une paire de souliers sera plus estimée par les esprits bien faits que l’Iliade! Je salue avec une sympathie infinie cet équipage admirable dans la pratique et la compréhension de la vie et qui peint ses songes sous de vives couleurs. Seul moyen pour insérer – une seconde ! – son action personnelle dans le grand mouvement de l’univers.