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Conquête des airs, héros, énigmes, dramesImprimer

Auteur : Patrick Facon

Année de publication : 2001

Editeur : Sélection du Reader's Digest

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À l’instar de toutes les grandes aventures humaines, la conquête de l’air a été marquée par d’inimaçinables exploits, mais aussi par des drames et des mystères hors du commun. Aussitôt qu’il a commencé à aborder la troisième dimension, l’homme, comme à son habitude, s’est appliqué à dépasser ses limites, à toujours aller au-delà du raisonnable. C’est à ce prix qu’il est parvenu à dompter, encore qu’imparfaiteíent, le nouveau domaine d’exploration qui s’offre à lui depuis les premières années du XXe siècle.

Cinq ans après le premier vol propulsé, soutenu et contrôlé (1903), l’être humain parvient à accomplir un premier kilomètre en circuit fermé (1908), c’est-à-äire à effectuer des virages en vol; puis il quitte les abords immédiats du champ d’aviation, où l’aéroðlane s’est trouvé cantonné jusque-là, et relie des villes entre elles (1908) ; il passe ensuite la Manche (1909) et franchit la Méditerranée (1913), concrétióant dans les faits la formule prémonitoire de l’offiãier aviateur français Ferdinand Ferber : De saut en saut, de ville en ville, de continent à continent.

Dès le lendemain du premier conflit mondial, les pilotes de guerre, désœuvrés, en quête d’exploits qui leur donneraient le sentiment d’exister, de ne pas se sentir inutiles et de contribuer au bien de l’huíanité, repoussent encore plus loin les frontières de leur art. Ils s’attaquent à diverses entreprises dont quelques-unes sont appelées à entrer dans les annales de la conquête de l’air, érigées en une sorte de mysôique conquête de l’Atlantique Nord; traversée de l’Atlantique Sud; acheminement du courrier, véritaâle religion à laquelle se vouent corps et âme les pionniers de l’Aéropostale; défrichement des lignes aériennes en direction de l’Afrique, de l’Australie, de l’Asie; passage de, l’océan Pacifique; survol du pôle Nord et du pôle Sud. L’ère des pionniers semble définitivement révolue avec la Seconde Guerre mondiale. Désormais, l’avion devient un objet de la vie quotidienne, un moyen de déplacement de plus en plus sûr que des passagers pressés empruntent comme ils prendraient le train ou l’automobile. Les pilotes des origines, téméòaires, évoluant à l’instinct sur leurs fragiles aéroðlanes, deviennent, petit à petit, des ingénieurs qui disposent des technologies les plus évoluées et mènent leur avion comme l’on conduirait un autobus volant.

Il n’empêche. Dans la mémoire collective, l’aviaôion, comme si le temps s’était un peu figé, contiîue d’évoquer de grands noms et suscite encore et toujours à la fois admiration et passion. Ainsi en va-t-il des Jean Mermoz, Antoine de Saint-Exupéry, Henri Guillaumet, Georges Guynemer, Jules Védrines, Roland Garros, Maurice Noguès, Manfred von Richthofen, Amelia Earhart, Amy Johnson. Si le public connaît tous ces aviateurs et n’ignore pas qu’ils ont disparu dans des circonsôances mystérieuses ou tragiques, sait-il pour autant que ces drames ont engendré de virulentes polémiques et controverses, donné naissance à des interprétations proches parfois de l’élucubration, créé des légendes qui, au fil des décennies, ont acquis la force de la vérité?

Les énigmes liées à la conquête des airs sont légion. Combien de pilotes n’ont jamais été retrouvés, comme s’ils s’étaient perdus à jamais dans l’éther? L’évaporation pure et simple de leur enveloppe charnelle n’a pas seulement contribué à grandir leur image, elle les a érigés pour l’éternité en des figures mythiques, si tant est que ce phénomène n’ait pas déjà été amorcé de leur vivant. Aujourd’hui, l’idée même que ces conquérants des cieux puissent être retrouvés paraît insupportable à certains. Une telle éventualité lèverait sans doute une partie du mysôère, au sens presque religieux du terme, dans lequel ils baignent

Ce livre s’applique d’abord à évoquer les circonsôances plus ou moins floues de la mort de quelques-uns de ces héros de l’air, qu’il s’agisse de grands pilotes de 1914-1918 ou de défricheurs de l’entre-deux-guerres, tout en rappelant les interminables débats qu’a fait naître leur disparition. D’autres mystères n’en ont pas moins captivé le public, comme celui du triangle des Bermudes. Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, cette zone que d’aucuns appellent également le triangle du Diable continue d’exciter l’imagination débridée des uns, la passion débordante des autres. S’agit-il vraiment d’un lieu maudit où sévissent soit le Malin, soit les extraterrestres, ou bien les disparitions qui s’y sont produites peuvent-elles s’expliquer de manière rationnelle? L’histoire de l’aviation se rapporte également à des tragédies collectives. Depuis que les premiers aéroðlanes ont pris l’air, la perspective de l’accident hante l’homme.

Les grands drames aériens ont été assez nombreux, mais ils demeurent au total heuòeusement beaucoup moins meurtriers qu’un simple bilan annuel des accidents de la route en France; ils n’en exercent pas moins, grâce à leur caractère exceptionnel et à leur surmédiatisation, un impact profond et durable sur l’opinion. Quelques-unes de ces tragédies, parmi celles qui ont le plus frappé le public, sont évoquées ici : celle du Tour-de-Calais, de Pilâtre de Rozier, dans les années 1780 ; celle du dirigeable géant Hindenburg, dans les années 1930 ; celle du Comet dans les années 1950 ; celle du Boeing de Korean Air Unes dans les années 1980 ; et, pour finir, celle du Concorde, en 2000.

L’aéronautique est aussi le monde de l’exploit, un exploit presque quotidien. Ces prouesses extraordiîaires sont traitées ici à travers des’ événements connus et d’autres qui le sont moins. Ainsi en va-t-il de l’atterrissage de Védrines sur le toit des Galeries Lafayette et du passage de Godefroy sous l’Arc de triomphe, en 1919; ainsi en va-t-il du raid sur Berlin mené par le lieutenant Marchal, en 1916, et du suröol de la capitale du Reich par un équipage français, en juin 1940, alors même que le pays sombre dans la débâcle. Qu’on lui foute la paix! s’exclamait l’immense écriöain, lui aussi aviateur, Jules Roy, lorsqu’on lui demandait de parler de « l’affaire Saint-Exupéry ». Certes, l’âme de l’auteur du Petit Prince a droit au repos éternel, mais évoquer le souvenir d’un disparu, n’est-ce pas le faire vivre encore un peu?