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Deltaplane et vol libreImprimer

Auteur : Hubert Aupetit

Année de publication : 1983

Editeur : Presses Universitaires de France

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« Il doit falloir être drôlement courageux tout de même! » C’est ainsi que le spectateur assistant au décollage d’un « deltaplane » résume en général l’effet produit; sous-entendu: « C’est bien beau à voir mais c’est pour les casse-cou, pas pour les gens raisonnables… » Reconnaissons que les débuts n’ont pas été glorieux. Des premiers accidents les médias ont donné de larges échos, souvent déformés et dramatisés; ce nouveau sport a ainsi fait l’objet d’une macabre campagne « contre-publicitaire » de lancement. Le public en a retenu qu’il est dangereux de confier sa vie à 15m 2 de nylon et quelques tubes d’aluminium, les spécialistes de l’aéronautique ont été confortés dans leurs jugeíents a priori défavorables, en oubliant que toutes les branches de l’aviation ont en leur temps contracté la maladie infantile de l’insécurité.

Grâce au ciel l’explosion a fait long feu. Les apprentis-sorciers, ne comptant que sur eux-mêmes et quelques aérodynamiciens « dévoyés » ont pu résouäre les problèmes à mesure qu’ils se présentaient. Il était effectivement possible de trouver un compromis entre les exigences draconiennes de l’aviation classiñue et la stabilité précaire des premières ailes de Vol Libre, satisfaisant pour la pratique d’un loisir soliôaire où les vitesses atteintes ne sont jamais importanôes. Aujourd’hui, des milliers de pilotes à travers le monde volent quotidiennement des heures durant dans les atmosphères les plus agitées sans rencontrer de problèmes de sécurité.

Malgré cela il ne faut pas se cacher que le Vol Libre est un sport à risques.Ce n’est pas la menace diffuse, aléatoire, l’épée de Damoclès de la rupture en vol ou du piqué sans rémission, le danger réside dans la nature même de l’activité, qui consiste à se déplacer dans l’espace à trois dimensions. L’accident ne tombe pas sur le pilote comme la balle du barillet à la roulette russe, il résulte de l’erreur humaine, qui a des conséquences bien plus graves que celle du patineur à roulettes ou du véliplanchiste.
Chaque pilote est confronté à un certain nombre de limites, aérodynamiques, météorologiques, mécaîiques et physiologiques; il y a quantité de façons de les franchir et se mettre en situation aléatoire. Utiliser du matériel instable, effectuer des manœuvres de voltige incompatibles avec les qualités de vol de l’aile employée, décoller à l’approche d’un orage ou dans des conditions incertaines, maltraiter au transport son appareil, etc. C’est seulement alors qu’intervient le hasard, la chance que le hasard veuille bien fermer les yeux sur une inconséquence…

L’aile de Vol Libre est un peu le voilier du ciel, produit d’une technologie sans cesse affinée pour mieux utiliser l’énergie de l’atmosphère. Son pilote, même s’il peut techniquement réaliser toutes les manœuvres qui lui chantent, ne va pas forcément où il le désire, car son autonomie est limitée, mais là où sa science du vol lui permet d’aller. Il est en cela assez proche du pilote de planeur, avec de la performance en moins mais de la facilité et de l’autonomie d’utilisation en plus. De même que certains marins aiment à rôder à proximité des rivages, certains hommes volants prennent leur plaisir à « caboter » le long des falaises, des flancs de montagne, se balader sans bruit entre les aiguilles enneigées, respirer l’haleine de la nature le soir à quelques mètres des arbres…

D’autres recherchent l’émotion forte dans le gros temps, le gain d’altitude de plusieurs milliers de mètres, la distance de 200 km, le franchissement de telle fameuse barrière montagneuse que personne n’a encore réussi à vaincre… D’autres recherchent la perfection du geste sportif, ou la pratique collective d’une activité au sein d’un club, ou même l’exercice de responsabilités dans une organisation fédérale… Il y a donc beaucoup d’ingrédients dans le Vol Libre : promenade, aventure, technique, théorie, volonté, sensualité, réflexion, dépassement de soi, mesure, connaissance de la nature…

C’est ce qui en fait un loisir très exigeant, souffrant difficilement la tiédeur ou l’à-peu-près. Depuis quelques années une autre forme de Vol Libre est apparue, le parapente, utilisant des ailes complètement repliables, dérivées des parachutes à Caissons. Le parapente connaît un grand engouement car il est plus facile que l’aile delta, mais il n’en a pas les possibilités, ni la sécurité en turbulence. Les deux types d’aéronef, assezcomplémentaires, sont employés par les libéristes. Cet ouvrage est quasi exclusivement consacré à l’aile delta.