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Aviation commerciale – finImprimer

Auteur : Louis Bedier

Année de publication : 1925

Titre de l'ouvrage : Larousse Mensuel Illustré

Editeur : Librairie Larousse

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[... début]

Ces lignes aériennes rendent de bons services, et ont un rendement satisfaisant; elles paraissent, toutefois, moins intéressantes que la ligne Paris-Londres, car elles empruntent des itinéraires desservis par d’excellents trains de jour ou de nuit. Au contraire, le réseau aérien de la Compagnie franco-roumaine de Navigation aérienne est d’une importance considérable au point de vue économique et surtout politique. Il établit, en effet, une liaison rapide entre Paris et les villes orientales de l’Europe. Deux lignes principales sont en exploitation: Paris-Constantinople, par Strasbourg, Prague, Vienne, Budapest, Belgrade, Bucarest, et Paris-Varsovie, par Strasbourg et Prague, avec prolongement prochain sur Smolensk et Moscou. En une journée de vol, on se rend à Varsovie ou à Vienne; en trois jours, à Constantinople. En raison de la longueur des étapes, et de, la fréquence des jours brumeux dans les régions sur, volées, la Compagnie franco-roumaine interrompt chaque hiver son exploitation, du 15 novembre au 15 février.

Le réseau de l’Europe centrale est complété par d’autres lignes aériennes, exploitées par des compagnies étrangères, et qui sont indiquées sur la, carte donnée à la page précédente. Les renseignements relatifs aux horaires et aux tarifs de ces lignes, sont contenus dans l’Indicateur aérien.

Un autre réseau aérien d’une importance considérable établit la liaison entre la France et ses possessions du nord de l’Afrique. La ligne France-Maroc, exploitée par la Compagnie générale d’Entreprises aéronautiques (lignes aériennes Latécoère), répond à un besoin réel, car elle met en relation deux pays qui demandent à être en étroite communication et qui ne seraient réunis sans elle que par des liaisons nettement plus longues; en outre, le climat des régions survolées permet de compter sur une excellente régularité des services. Aussi, le succès de cette ligne, manifesté par le nombre des passagers et le poids des messageries, a-t-il augmenté dans des proportions considérables depuis sa fondation par P.-G. Latécoère, au mois de septembre 1919. Actuellement, le service est quotidien. En correspondance avec les grands trains de Paris, des avions quittent chaque matin Toulouse, base principale de la ligne, et Marseille. Deux heures après, ils atterrissent à Perpignan, et un seul d’entre eux, ayant pris à son bord les passagers et le courrier venant des deux têtes de ligne, continue le voyage par la côte orientale de l’Espagne. A Barcelone, Alicante, Malaga, ont lieu de courtes escales, où l’appareil et le pilote sont changés. En hiver, le voyage se termine le premier jour à Malaga; à l’aube du second jour, l’avion reprend son vol, atterrit à Tanger, à Rabat et enfin à Casablanca, où il arrive dans la matinée. Il n’est pas rare, en été, que, grâce aux jours plus longs, la liaison soit réalisée en un seul jour. Casablanca se trouve ainsi à vingt-six heures de Paris, au lieu de cinq à six jours par les voies ordinaires. Le voyage de retour s’accomplit de même. En hiver, il se fait en deux jours, avec arrêt à Alicante, et arrivée à Toulouse le soir du second jour, en temps utile pour prendre le train de nuit de Toulouse à Paris; en été, le parcours se fait normalement en un seul jour.

En correspondance avec la ligne France-Maroc, une ligne d’hydravions exploitée par la même compagnie réunit Oran et Alicante en trois heures; le service a lieu quatre fois par semaine dans chaque sens. Casablanca et Oran sont en outre reliées par un service bi-hebdomadaire, avec escales à Rabat et à Fez.

La ligne Toulouse-Casablanca, qui transporte cependant un nombre important de passagers, est surtout une ligne postale. Le gain de temps qu’elle permet de réaliser, sa régularité remarquable obtenue grâce à une excellente organisation, la modicité des surtaxes postales l’ont très rapidement imposée pour les relations entre le Maroc et la métropole. Le nombre des lettres transportées, qui était de 182.000 en 1920, a atteint 2.960.000 en 1923, et 3.222.000 pendant les dix premiers mois de 1924. Actuellement, plus de la moitié du courrier total échangé entre la France et le Maroc est expédiée par la voie des airs.

Enfin, la liaison de la France avec la Tunisie sera bientôt assurée. Une ligne d’hydravions, exploitée par l’Aéronavale, réunit dès maintenant trois fois par semaine Antibes et Ajaccio. Son prolongement sur Tunis sera très prochainement ouvert au public. Cette ligne est une des premières exploitées au moyen d’hydravions. En outre de son intérêt économique, elle permet d’étudier les problèmes assez particuliers que pose l’exploitation d’une ligne aérienne de haute mer, et ce fait lui donne une importance toute spéciale.

Car c’est vers des itinéraires de plus en plus étendus et notamment vers les traversées maritimes que semblent devoir se développer les lignes d’aviation commerciale. De grands projets ont été formés, dont la réalisation n’est peut-être pas lointaine. Les lignes Latécoère, par exemple, envisagent la prolongation de leur ligne du Maroc vers Dakar, Pernambouc et Buenos-Ayres,

Les liaisons par avion fonctionneront d’abord sur les tronçons terrestres de la ligne. De Dakar à Pernambouc seront utilisés, au début, des bateaux, lesquels seront remplacés par des hydravions lorsque les progrès techniques le permettront. La durée du trajet entre Paris et Buenos-Ayres, qui est actuellement de vingt et un jours, sera ainsi ramenée à neuf jours, puis à quatre jours. Ces chiffres donnent une idée du gain de temps que procurent les lignes aériennes, d’autant plus considérables que le trajet est plus long.

Ces projets peuvent sembler quelque peu hardis. Mais les progrès de l’aviation commerciale pendant les six dernières années autorisent tous les espoirs. Depuis sa naissance, la navigation aérienne s’est développée d’une façon incessante et continue.

Ainsi, après six ans, on peut dire que les transports par avions entrent de plus en plus dans nos mœurs, soit pour les passagers, soit pour la poste. Certes, d’importants progrès restent à faire, soit dans la construction des appareils, soit dans les questions relatives à la navigation. Le vol de nuit en particulier raccourcira encore les distances entre les différents points du monde.

Dès maintenant, grâce à l’effort des gouvernements et des initiatives privées, les transports aériens offrent à leurs usagers des conditions de régularité et de sécurité qu’on aurait à peine osé espérer il y a quelques années; il existe un réseau dense et bien équilibré de lignes aériennes à fonctionnement régulier.

Enfin, on peut constater avec joie que dans ce nouvel aspect de l’activité humaine la France a su acquérir et conserver une place de tout premier plan.