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De Paris à Londres par les airsImprimer

Auteur : M.V.

Année de publication : 1910

Titre de l'ouvrage : La vie au grand air - Août 1910 - numéro 623

Editeur : La Vie au Grand Air

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Comme nous revenions d’Amiens où nous avions laissé Leblanc, Aubrun et Legagneux à la veille d’accomplir l’ultime étape, nous croisâmes, avant d’arriver à Breteuil, un monoplan qui suivait le côté gauche de la route en se maintenant à une bonne hauteur. C’était un Blériot à queue de pigeon, type à deux places et, quoique ces rencontres commencent à devenir banales, celle-ci ne laissa pas de nous étonner. Qui pouvait, à cette heure tardive – le soleil déjà s’apprêtait à disparaître derrière l’horizon – voler ainsi en rase campagne ?

En arrivant à Beauvais, j’appris qu’il s’agissait de John Moisant qui, en compagnie de son mécanicien, Albert Filleux, se dirigeait vers Amiens d’où il devait, le lendemain, gagner la côte et traverser la Manche. Je ne m’étonnai plus. Moisant, Américain de Chicago, mais d’origine française, est un de ces hommes avec lesquels il ne faut s’étonner de rien.

Quoique très jeune, sa vie compte déjà nombre d’actes qui sortent de l’ordinaire. Il y a trois ans, sur les instances du général Zelaya, il envahissait le San Salvador à la tête d’une petite troupe de cinquante hommes armés de fusils à tir rapide et peu s’en fallut qu’il ne changeât l’ordre de choses établi dans la minuscule république du Centre-Amérique.

Venu en France, il s’intéressa vite aux choses de l’air et, comme il est un homme de décision rapide, dès son cinquième vol il quittait Etampes, emmenant avec lui son ami Garros, pour venir atterrir à Frey, au milieu de la foule attendant les départs des concurrents du Circuit de l’Est. Son vol suivant devait l’emmener plus loin. Le mardi soir, il réglait son appareil, disait à son mécanicien Filleux de faire le plein et de monter derrière lui. Une fois en l’air: « Nous partons pour Londres ! » Comme tout bagage, il emportait une carte détachée d’un atlas d’école primaire et une boussole. Et quand on le vit débarquer à Amiens, en pantoufles de feutre, on ne l’eût pas cru embarquer pour un tel voyage. Après avoir pris terre une seconde fois aux Barraques, il s’envolait au-dessus du détroit et, déporté par le vent, atterrissait à Deal. Là, la malchance s’attaqua à lui, mais elle n’en viendra pas à bout, car il est décidé à voir Londres qu’il ne connaît pas, et il ne veut pas y aller autrement qu’en aéroplane.