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Histoire Mondiale de l’astronautiqueImprimer

Auteur : Von Braun, Ordway

Année de publication : 1968

Editeur : Larousse

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Vers la fin du XIXe siècle, les sciences venaient de faire d’immenses progrès et se trouvaient à la veille de la grande révolution qui allait leur apporter, avec la radio-activité, les quanta et la relativité, toute la physique moderne. Pourtant, si cette révolution s’est montrée assez profonde pour donner un nouvel élan à la chimie, à la biologie et à l’astronomie et pour permettre à la technique des réalisations sensationnelles, elle n’avait pas encore pu satisfaire entièrement le désir de merveilleux qui hante l’humaîité depuis des millénaires, désir que le Moyen Age avait cru pouvoir satisfaire à maintes reprises par les pratiques de la magie. Citons comme exemples la transmutation des métaux par la pierre philosophale, la transmission de la pensée, le tapis volant des contes orientaux, la panacée contre les maladies ou la fontaine de Jouvence.

Et voici que le XXe siècle, sa seconde moitié à peine entamée, est venu nous apporter les transmutations atomiques, les voyages éclair par l’avion à réaction, la présence simultanée pour l’ouïe et pour la vue des mêmes personnes dans tous les foyers du globe, et, enfin, ces drogues miracle, les antibiotiques. Il restait pourtant encore un autre vieux rêve qui est seulement aujourd’hui à la veille de sa réalisation, et c’est celui de la visite aux corps célestes, du voyage à la lune en particulier. Chose assez remarquable, il se trouve que le procédé fondamental employé pour ces voyages dans l’espace extra-terrestre était connu dans son principe depuis plusieurs millénaires! Bien entendu, de très nombreux perfectionnements techniques ont été nécessaires, mais il y a là, cependant, une différence importante à l’égard d’autres réalisations merveilleuses, comme celles des transmutations ou de la télévision, lesquelles font appel à des phénomènes ou à des procédés entièrement nouveaux.

Le véhicule spatial par excellence, c’est-à-dire la fusée, a en effet une longue et pittoresque histoire. Pour nous la conter, les auteurs du présent livre, MM. Wernher von Braun et Fred I. Ordway, ont su réunir un matériel d’informations historiques et scientifiques étonnamment complet et, surtout, ils ont su présenter cette grande aventure technique de façon si claire et si plaisante que l’érudition même prend ici figure de roman à succès. De belles figures de savants et d’ingénieurs, trop peu connues, appartenant à de nombreuses nations, émergent de la foule de ceux qui ont imaginé, inventé, calculé, réalisé enfin ces engins portés par le feu qui ont trouvé ces emplois dans la guerre comme dans les fêtes pacifiques avant de jaillir au-delà de l’atmosphère. Cette grande fresque, dans laquelle figure en très bonne place M. Wernher von Braun lui-même, est souvent pittoresque, toujours vivante et passionnante, et elle comporte de nombreux enseignements.

Ainsi, on reconnaîtra – une fois de plus dans l’histoire des techniques sinon dans celle des sciences elles-mêmes – l’importance de l’effort exorbitant que les nations comme les hommes ne semblent capables de fournir que pendant les conflits qui mettent en danger leur existence ou leur indépendance. C’est cet effort, en effet, qui a permis, en quelques fois, le passage d’un véhicule terrestre à un véhicule extra-atmosphérique. On pourra voir à l’œuvre cette immense collaboration de tous les savants et techniciens du monde entier, collaboration tacite sans autre statut qu’une commune volonté de savoir et de construire, et qui emprunte les voies diverses de l’information – publications, congrès, visites, correspondance -, sans jamais apporter aucune restriction à cette liberté de pensée qui est si nécessaire à l’esprit humain dans la création.

On verra aussi, une fois de plus, comment les avances de la théorie et de la technique se font en parallèle grâce à un appui réciproque constant, et l’on suivra pas à pas le progrès des réalisations comportant la construction de fusées de plus en plus grandes, aux performances de plus en plus surprenantes. S’élevant à trente mètres, cent mètres, mille mètres, la fusée n’approchait pas encore des records d’altitude des avions et des ballons, et restait, en quelque sorte, un instrument de recherche de laboratoire. Mais, soudain, c’est l’envolée à des dizaines de kilomètres, qui a fait passer la fusée du domaine de la météorologie dans celui de l’aéronomie, c’est-à-dire l’étude de la très haute atmosphère. Puis, enfin, viennent les centaines et les milliers de kilomètres, qui ouvrent l’espace proprement dit. Pas une seconde, les auteurs du livre ne laissent faiblir l’intérêt, et cette « marche à l’étoile » par les sentiers de la science et de la technique reste toujours aussi captivante.

Et voici maintenant que les hommes de l’âge de la science, prenant ainsi la suite des prêtres, des philosophes, des mages et des romanciers, se sont, enfin, attaqués au vieux rêve du voyage à la lune. Ils avaient, en effet, trouvé dans la fusée le seul moteur, le seul mode de propulsion utilisable au-dehors de l’atmosphère. C’est alors la série des grandes conquêtes spatiales : premier satellite artificiel, premier être vivant, puis premier homme dans l’espace. Les événements se précipitent, les dates se rapprochent, il n’y a pas d’année, presque de mois sans l’annonce d’une réussite. La lune est touchée, puis photographiée en gros plan et analysée, les planètes voisines sont approchées. En même temps, ce qu’on peut appeler la « météorologie spatiale » est commencée, c’est-à-dire l’étude des conditions physiques et chimiques qui règnent dans l’espace interplanétaire, cet espace que l’on croyait vide, et, qui est, en réalité, parcouru par des vents de particules, des orages magnétiques, des nuages de poussières et des flots de rayonnements de toutes sortes.

Bientôt, lorsque l’homme abordera l’astre le plus brillant de notre ciel nocturne, porté comme les conquérants homériques par la « nef creuse » qu’il aura su bâtir et piloter, on pourra dire que la véritable astronautique est née et que la nostalgie séculaire du grand large aura désormais pour objectif non plus seulement les océans de notre petit globe, mais le cosmos lui-même.