L’AVIATION CIVILEImprimer
Auteur : LUCIEN ADÈS
Année de publication : 1947
Editeur : Elzévir
Essor de l’aviation marchande.
Ses origines. Ses luttes.Ses magnifiques perspectives dans le monde moderne.
Pour situer le transport civil aérien, dans le cadre des activités humaines, il convient tout d’abord de définir clairement les fonctions qu’il remplit. Cela parait à priori une tâche fort aisée. A la réflexion cependant on perçoit l’extrême diversité de ses aspects, et l’incessante évolution de ses moyens et de ses possibilités. Il est utile, en effet, de souligner au seuil de cette petite étude l’étendue des ressources du transport aérien dans le monde moderne. Comme un vaste miroir suspendu au-dessus de la terre, le ciel reflète désormais, les routes qui sillonnent le globe. Au sol, le génie humain s’est efforcé de placer sur les routes les engins les mieux appropriés pour les parcourir à des vitesses sans cesse croissantes : automobiles, autocars, camions, chemins de fer, et, sur les océans, navires; dans le ciel il a donc fallu créer des avions dont les caractéristiques soient capables de répondre aux mêmes besoins. Cette nécessité a conduit à concevoir et construire des avions privés, des avions de transport de différents tonnages, des avions cargos et des hydravions. Dès lors, il est indispensable de se pénétrer de cette diversité d’emplois, pour bien comprendre les problèmes posés par le transport aérien. Hors une similitude d’apparence physique dans des proportions relatives, il n’y a rien de commun entre l’exploitation d’un avion taxi et celle d’un cargo de trente tonnes; tous deux sont des machines volantes certes, et tous deux voyagent dans le ciel, mais leur utilisation et les moyens qu’elle exige diffèrent autant que ceux du chemin de fer et de l’automobile privée.
On a trop tendance, en effet, à ne considérer l’avion que dans son élément propre, qui est le ciel. D’un point de vue strictement esthétique, cela est louable. Il en est bien autrement quand l’avion devient un instrument de travail. On est alors contraint de constater que l’avion quitte un point sur la terre pour atteindre un autre point sur la terre; que pendant le temps du parcours, il doit rester en constante liaison avec la terre et que les renseignements qu’il emporte sur l’état du ciel et ceux qu’on lui communique quand il a quitté sa route, lui sont fournis par la terre. Cela exige au sol une organisation parfaitement étudiée, sans cesse en action, et munie de moyens matériels énormes, un personnel de qualité, dévoué, précis, pour qui l’aviation est un apostolat au même titre que pour le pilote. L’organisation au sol c’est l’infrastructure, et les hommes qui la servent constituent le personnel de servitude. Dans le monde moderne il n’y a plus d’aviation possible à l’échelle du transport, sans l’une et sans l’autre. Le développement prodigieux de l’aviation, en ces quinze dernière années, a exigé au sol un effort non moins prodigieux et spectaculaire. Au fur et à mesure qu’il croissait et remplissait de nouvelles fonctions, l’avion devait trouver à terre les éléments indispensables à son exploitation. Les efforts faits en ce sens sont loin d’avoir encore abouti à des solutions définitives. Déjà les aéroports construits entre 1930 et 1940 sont devenus trop exigus, déjà les pistes cèdent sous le poids d’appareils de tonnage excessif, déjà les moyens de guidage et de signalisation sont périmés ou insuffisants. Il faut sans cesse innover, construire, créer. Le Bourget (Paris), Croydon (Londres), La Guardia (New-York) ne sont plus désormais que des aéroports de seconde zone, et Orly, Heathrow et Idlewild qui sont appelés à les remplacer n’arrivent pas à se fixer dans leur forme et leurs proportions, à l’échelle convenable d’un avenir assez lointain, pour justifier les dépenses énormes que leur construction exige.
Depuis sa naissance en effet, qui ne date réellement que d’une quarantaine d’années , l’aviation n’a cessé de souffrir d’un mal de croissance, d’un mal de progrès incessant d’où découlent en fait sa grandeur et sa force. Comparé à tous les autres développements mécaniques, celui de l’aviation apparaît prodigieux et unique. Tandis que l’automobile, tandis que le navire, tandis que le chemin de fer, par bonds successifs, atteignaient bientôt une forme quasiment parfaite et tendaient à se figer dans cette perfection, l’avion, comme par enchantement, n’a cessé de dépasser les limites toujours plus audacieuses que la nature lui imposait. Pour bien se convaincre de la disproportion qui existe désormais entre les progrès permanents de l’avion et la fixité relative des autres moyens de transport, il suffit de comparer sur les mêmes distances les temps qu’accomplissaient avions et autres moyens de transport en 1939 et ceux qu’ils accomplissent aujourd’hui. La différence est d’autant plus sensible que les distances sont plus grandes. C’est ainsi que le parcours Paris-Dakar était accompli, en 1939, en dix jours par des transports de surface et en trente heures par des transports aériens. En 1947, dix jours sont toujours nécessaires pour les transports de surface, mais quinze heures à peine sont demandées par les transports aériens. Il en est de même pour le voyage Paris-New-York par exemple qui demandait, par mer, cent quinze heures en 1939 et continue à utiliser ses cent quinze heures en 1947, tandis que l’avion est passé de cinquante-deux heures en 1939 à vingt-deux heures en 1947.
Au fur et à mesure que la technique aéronautique découvre un nouvel horizon, elle perçoit en effet un champ d’action toujours plus vaste qui s’ouvre devant elle. Le ciel, semble-t-il, n’a pas plus de limites que l’imagination de l’homme, et la course, la poursuite qui en résultent, mènent l’avion à de nouvelles conquêtes. Qui eût pu penser en effet, aux environs de 1920, après le premier conflit et à l’aube du transport aérien, que l’on ne considérerait pas comme le fin des fins du progrès de traverser l’Atlantique ou le Pacifique à 600 km./h. dans des conditions parfaites de confort et de régularité, en compagnie de quarante passagers? Les choses en sont là depuis deux ans à peine, que les hommes font déjà la moue et regardent ces réalisations comme normales, sinon périmées. La technique nouvelle de la propulsion par réaction promet,à brève échéance, dans le temps, les vitesses soniques à des engins dont la taille, le confort et la sécurité ne cessent de croître, et les regards de l’homme sont désormais tournés vers elle.
