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Les grandes heures de l’aviationImprimer

Auteur : Edmond Petit

Année de publication : 1968

Editeur : Pierre Waleffe

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Il ne s’agit pas d’élaborer un palmarès. Il ne s’agit pas, en deux cents pages, de tout dire sur l’aviation. Ce que nous allons tenter aujourd’hui, c’est d’évoquer cette épopée unique de la conquête de l’air par les hommes en choisissant quelques-uns des moments les plus caractéristiques de ces grandes heures. Et le lecteur verra défiler très vite les silhouettes de ceux qui, de la planche à dessin aux essais en vol, du premier saut dans l’inconnu à la routine quotidienne d’un métier, ont apporté du neuf, soit qu’ils aient fait avancer la technique – et le petit détail d’un instrument de bord peut représenter autant de vies sauves ou sauvées que le calcul d’une voilure ou quelques chevaux de plus fournis à un moteur pour quelques grammes de moins – soit qu’ils se soient couverts de gloire pour avoir, les premiers, pris des risques.

Un jour, on demanda à James Doolittle quels étaient d’après lui les dix événements les plus significatifs de l’histoire de l’aviation. Le grand pilote américain hésita longuement et finit par dresser cette liste: Les premiers vols des frères Wright le 17 décembre 1903, la traversée de la Manche par Blériot en 1909, la traversée de l’Atlantique par le commander Albert Read en 1919 sur l’hydravion NC 4, le vol de Lindbergh New York – Paris de 1927, la multiplication des aéroports et leur amélioration vers 1930, le développement des aides à la navigation à la même époque, le turboréacteur en 1939, la bombe atomique de 1945, le franchissement de la barrière sonique en 1947, enfin l’avion de transport à réaction avec le « Comet » de Havilland, dont le premier vol commercial remonte au 2 mai 1952.

Que pouvons-nous remarquer immédiatement à l’examen de cette liste ? Pour les quatre premiers événements, nous trouvons des noms d’hommes: Wright, Blériot, Read, Lindbergh. Pour les six autres, des résultats d’actions collectives. Qu’est-ce à dire ? A mon avis, Doolittle a eu tort de donner les quatre premiers noms, il aurait dû s’en tenir uniquement aux faits. Pourquoi ? Pour la bonne raison que les inventeurs ne sont jamais seuls – sauf exception rarissime – et profitent toujours des travaux de leurs prédécesseurs et de leurs contemporains. Peut-on dire que les Wright ont inventé l’avion ? Certainement pas. Ils ont, grâce à leur méthode scientifique d’expérimentation, réalisé un vol historique, encore qu’il ait donné lieu à pas mal de controverses. De Blériot et de Read, peut-on dire qu’ils ont traversé l’un la Manche, l’autre l’Atlantique, pour la première fois ? Certes, ce sont là des faits indiscutables, mais ne faut-il pas consiäérer qu’aux mêmes époques, 1909 et 1919, bien d’autres auraient pu faire comme eux, techniquement parlant, et n’ont échoué que de peu, comme Latham sur la Manche et Hawker sur l’Atlantique.

Et ne convient-il pas d’associer à leurs noms, celui d’Anzani dont le moteur équipait le Blériot de 1909 et ceux de Curtiss, constructeur du NC 4, de Hinton et de Stone, pilote et copilote de Read, des mécaniciens Breese et Rhoads et du radio Rodd qui complétaient l’équipage, sans parler des hommes qui se trouvaient à bord des deux autres hydravions, le NC 1 et le NC 3, qui arrivèrent tout de même à proximité des Açores, aux ordres du commander Towers, chef de l’expédition et sous la responsabilité d’un navigateur qui allait faire bientôt parler de lui, un certain Richard Byrd qui serait le premier à survoler les deux pôles?
De la même façon, on constate, si l’on regarde la liste des records du monde homologués par la FAI (Fédération Aéroîautique Internationale) qu’à l’époque héroïque, les records étaient attribués à des hommes et que l’on ne s’est soucié de faire apparaître les noms des avions que par la suite. Quant à la nation détentrice du record ce n’était pas forcément celle du constructeur de l’appareil, ni celle du pilote, mais bien curieusement, celle sur le territoire de laquelle le record avait été établi: C’est ainsi que Santos-Dumont, Brésilien, établit le premiers records pour la France; que Farman, Anglais (il ne sera naturalisé Français que plus tard, mais cela, bien peu d’historiens le disent), établit un record français tandis, que par un juste retour des choses, Leblanc, Védrines et Paulhan battront des records outre-Atlantique qui seront attribués aux Etats-Unis, naturellement avec des appareils et des moteurs construits en France…

Voilà pourquoi – les événements ne se présentant jamais en suites verticales, isolés les uns des autres, mais en tranches horizontales, s’influençant les uns les autres – voilà pourquoi il est si difficile, comme le disait Gabriel Voisin, de définir le rôle de chacun dans les progrès de l’aviation. Le but de ce petit livre est justement d’essayer – à partir d’événements marquants – de montrer en suivant la chronologie de l’histoire, quel fut l’apport de chaque pays, de chaque homme, à cette œuvre collective qui a fait l’aviation, et, au passage de signaler quelques anomalies et de réparer quelques injustices.