Port de l’AirImprimer
Auteur : Hedwige de Chabannes
Année de publication : 1938
Editeur : Sequana
PREFACE
Le roman de Mme Hedwige de Chabanes se recommande également au lecteur par ses qualités et ses charmes.
La première de ses qualités, c’est que l’auteur connaît bien le monde très particulier dont il nous parle, et qu’il ne l’a pas connu pour nous en parler. L’amour de l’aviation a poussé, cette jeune femme parmi les choses et les gens qu’elle nous peint et elle-même pratique ce sport qui livre à quelques êtres humains le ciel interdit ci tous les autres. Mais ce qui donne tant de grâce à ce récit, c’est la finesse d’une sensibilité juste, c’est un talent toujours caché sous le naturel. Il n’y a pas une faute de goût dans ce livre limpide, qui se présente à nous sans un développement inutile, sans une description superflue, et comme baigné lui-même de la vie de l’air.
Alors nous voyons paraître, appelé jusqu’à nous par les moyens les plus simples, le petit monde de ceux qui ont l’amour du ciel, peut-être parce qu’ils ont le dégoût de la terre. Nous le croyons tout voisin, parce que les avions passent sur nos têtes, que les terrains d’aviation sont aux portes de nos villes et que les journaux nous jettent aux yeux les images des aviateurs et des aviatrices célèbres. En vérité nous l’ignorons. Il a ses mœurs qui sont à lui comme ses périls. Tous ceux qu’il enveloppe, hommes et femmes très différents de nature et d’origine, sont cependant réunis par une sorte de chevalerie secrète; tous leurs sentiments gardent celte pureté que les amitiés, les affections, les amours, ont chez ceux qui vivent volontairement dans la fréquentation du danger.
Tout cela nous est peint dans Port de l’air avec autant de justesse que de bonheur par une jeune femme qui exerce son talent sans y prendre garde. Les lecteurs de ce roman seront émus et charmés. Qu’ils n’aient pas honte de leur émotion ; ce n’est pas celle qu’un auteur trop adroit suscite par des moyens de métier; elle nait en nous, au contraire, parce que Mme Hedwige de Chabannes sait nous montrer tels qu’ils sont ces chevaliers et ces amazones du ciel, dont l’âme semble être sans ombre.
Abel BONNARD.
de l’Académie Française.
