L’aviation – finImprimer
Auteur : G. DORDAN
Année de publication : 1908
Titre de l'ouvrage : Larousse Mensuel Illustré
Editeur : Larousse
Aéroplanes Delagrange – Le premier appareil Delagrange fut expérimenté le 28 février1907. Construit chez les frères Voisin, c’est un biplan de 10 mètres d’envergure en étoffe et carcasse en bois, muni d’un moteur de 50 HP, actionnant une hélice en aluminium. Sa surface portante mesure 60 mètres carrés et son poids est de 290 kilog.
Le lancement se fait en roulant sur le sol, l’appareil prenant son vol une fois qu’il a acquis une vitesse suffisante. Le jour même des essais, l’aéroplane fut faussé; il fut ensuite modifié, ce qui porta son poids à 450 kilogrammes. Après quoi, il réussit le 8 avril 1907 une envolée de 50 mètres. En mars 1908, Delagrange reparaît avec un nouvel appareil peu différent du précédent et analogue au Farman N°1. C’est avec cet aéroplane que Delagrange réussit de très beaux vols en France d’abord, puis en Italie et de nouveau en France, où il tient lair le 6 septembre pendant 29’53″ 4/5.
Aéroplanes Farman -Comme Delagrange, Farman commande ses aéroplanes aux frères Voisin. Le N°1 est un biplan de 10m, 20 d’envergure, 2 mètres de profondeur et 1m, 50 de hauteur. A l’arrière se trouve une cellule de 6 mètres de long et 2 mètres de profondeur, réunie à la cellule avant par un fuselage de 4m, 50. Le gouvernail vertical est au centre de la cellule arrière; un gouvernail de profondeur biplan, commandé par le pilote, est situé à l’avant. Laviateur est placé dans le milieu de la grande cellule; il a derrière lui le moteur de 50 HP qui actionne l’hélice disposée après la cellule. La surface totale portante est de 50 m2 pour un poids de 500 kilogrammes. Farman acquit dès le début une grande habileté et, après quelques vols d’une centaine de mètres, il gagna le 26 octobre 1907 la coupe Archdeacon en parcourant 771 mètres. L’appareil fut modifié; on rendit le gouvernail de profondeur monoplan. Le 13 janvier 1908, Farman parcourut un kilomètre avec virage à 500 mètres en 1’28″.
Avec le Farman 1 bis en étoffe caoutchoutée, l’aviateur fit en France et à Gand de nombreux vols, dont un à Issy le 26 juillet de 20’20″. Farman continue au camp de Châlons la série de ses succès par des vols nombreux, dont un l’a éloigné de 5 kilomètres de son point de départ, et l’autre l’a conduit à Reims, après un parcours de 25 kilomètres, effectué en 20 minutes, et qui est le premier véritable voyage aérien (29 octobre 1908).
Aéroplanes Wright – Après des essais effectués dans le silence et la solitude des grandes plaines d’Amérique, les frères Wright, dont les succès ont été longtemps contestés, se sont décidés à rendre publiques leurs expériences, qui ont eu lieu simultanément aux Etats-Unis et en France, La caractéristique de ces appareils est une très grande simplicité de forme et de construction. L’aéroplane est biplan, à cellule unique, sans queue d’aucune sorte, celle-ci, d’après Wright, étant plus nuisible qu’utile. L’envergure est de 12 mètres, pour une profondeur et une hauteur de 2 mètres. Deux plans situés à l’avant et commandés par le pilote servent de plans de profondeur; le gouvernail de direction est à l’arrière; les extrémités des ailes sont susceptibles de prendre un certain gauchissement. Le même volant sert pour la commande de direction et de gauchissement; le pilote produit à volonté les deux mouvements ensemble ou séparément. Le moteur, construit par les Wright eux-mêmes, de 25 HP actionne par chaînes deux hélices. C’est avec cet engin que les frères Wright, après de longues années d’essais, ont accompli leurs magnifiques performances, qui les ont rendus détenteurs des records du monde.
Les premiers vols de Wilbur Wright, installé au camp d’Auvours près du Mans, furent de peu d’importance, mais en peu de temps il prit sur ses concurrents une écrasante supériorité, battant successivement toutes les durées des vols, seul et à deux. Le vol le plus long réalisé par Wilbur Wright a eu une durée de une heure trente et une minutes, pour une distance parcourue de 66 kilomètres officiellement reconnue; en réalité, la distance ne doit pas être éloignée de 90 kilomètres. En outre, Wright a effectué un vol d’une heure neuf minutes avec un passager à bord. Le 13 novembre 1908, il a réussi à gagner le prix de la hauteur de I’Aéro-club de la Sarthe, en s’élevant à soixante mètres environ. Au cours de ses premiers essais, son aéroplane était lancé en l’air par la chute d’un poids tombant du haut d’un pylône. Mais le même jour, où il gagnait le prix de la hauteur, Wright a réussi à enlever son appareil de terre sans aucun secours, par la seule poussée des hélices.
Autres appareils - A côté de ces appareils, qui ont donné jusqu’ici les meilleurs résultats, d’autres en très grand nombre ont été essayés qui ont eux aussi exécuté des vols mais de plus faible envergure. On ne peut que citer: l’aéroplane Ellehammer triplan à centre de gravité très bas, les monoplans de Vuia, les appareils de La Vaulx, de Pischoff, Gastambide et Mangin, Etrich et Wels, Ferber, le triplan Goupy, qui vient de se montrer très stable, les biplans américains du type RedWing, les appareils des frères Zens, sans oublier le gyroplane Bréguet-Richet, l’hélicoptère Dufaux, ces deux derniers n’ayant pas encore donné satisfaction.
Enfin, il convient de signaler que, dans tous les pays, on s’occupe beaucoup de la question au point de vue militaire. Des essais peu concluants ont été faits en Angleterre et en Russie; en France, le capitaine du génie Dorand a construit un aéroplane triplan, qui ne tardera pas à être essayé près de Versailles. Cet engin sera muni d’appareils de stabilisation automatique, qui lui assureront, en cas de succès, une grande supériorité sur ceux dont la stabilité dépend du pilote. L’oiseau peut obéir instantanément aux moindres variations du vent, lesquelles sont incessantes; l’homme doit suppléer, par l’automatisme, à cette faculté naturelle. A l’heure actuelle, les aéroplanes ne sortent que par vent assez faible, car, malgré leur habileté, les pilotes ne peuvent lutter contre les grands vents. La conquête définitive et pratique de l’air dépend de deux questions: stabilité indépendante du pilote et création d’un moteur à la fois léger, puissant et susceptible de fonctionner longtemps sans arrêt.
