L’aviation – suiteImprimer
Auteur : G. DORDAN
Année de publication : 1908
Titre de l'ouvrage : Larousse Mensuel Illustré
Editeur : Larousse
La forme des surfaces doit être celle d’un rectangle allongé, peu large, avec une légère concavité vers le sol.
Le capitaine Ferber a montré qu’un bon aéroplane doit s’enlever après un parcours de 20 mètres sur le sol; il n’y a donc pas intérêt à chercher à se soulever par l’emploi du plan de profondeur. Aussitôt qu’on est en l’air, il faut, si l’on agit sur ce plan, le ramener à une position convenable différente de la première. La manuvre est délicate et Farman lui-même, qui l’avait employée tout d’abord, y a renoncé par la suite et s’est contenté de rouler sur le sol jusqu’à soulèvement.
Le pilote cherchera toujours à atterrir contre le vent, car la vitesse se trouvera diminuée; il pourra en outre diminuer cette vitesse en redressant les surfaces. C’est une manoeuvre de ce genre que font les oiseaux, qui, à peu de distance du sol, se cabrent, et se laissent ensuite tomber au point choisi.
Quand on se sera conformé à toutes ces prescriptions, que l’expérience a sanctionnées, d’autres difficultés surgiront. Comme l’a dit Lilienthal, concevoir une machine volante n’est rien, la construire est peu, l’essayer est tout. L’aviateur aura en effet à faire un long et pénible apprentissage; il lui faudra remédier à certains défauts de détail que l’expérience seule lui révélera; il aura à régler les divers organes de son appareil, à s’identifier avec lui, en un mot à devenir oiseau. La chose est difficile, mais elle n’a rien qui puisse effrayer, et il n’est pas douteux que l’homme aura fait d’ici peu la conquête de l’air, comme il a fait celle des autres éléments.
En ce qui concerne les appareils d’aviation autres que les aéroplanes, ils n’ont pas, ainsi qu’il a été dit, donné les résultats qu’on attendait d’eux. Si quelques hélicoptères ont réussi à s’enlever, ils n’ont encore à leur actif aucun vol horizontal; quant aux orthoptères, ils ont semblé jusqu’ici invariablement rivés au sol.
Le colonel Renard, Valier et d’autres encore ont pensé que la solution du problème s’obtiendrait par l’association d’un hélicoptère et d’un aéroplane. On s’appuie, pour justifier celle opinion, sur ce double fait qu’un aéroplane ne peu t s’enlever sans avoir d’abord pris son élan sur le sol et qu’en cas d’arrêt du moteur, l’appareil ne peut continuer sa marche. A cela, on répond que la commande de deux hélices à axes rectangulaires ne pourra se faire qu’avec deux moteurs, ce qui alourdira considérablement la machine; ensuite que si l’hélice sustentatrice s’arrête, l’appareil sera forcé, de stopper, tout comme l’aéroplane, puisqu’il ne sera pas établi pour se soutenir en l’air par le seul aéroplane; ce sera en outre un ensemble bien compliqué, d’une difficile surveillance et qui présentera de plus grandes chances de panne qu’un appareil unique. Quoi qu’il en soit, il n’est pas impossible que l’aéroplane à hélice sustentatrice donne d’excellents résultats. Si l’on parvenait à en diminuer la complication, il présenterait l’avantage d’un départ et d’un atterrissage plus facile qu’avec les aéroplanes actuels.
Les appareils mixtes, avec ballon sustentateur, sont au fond ou des aéroplanes ou des hélicoptères que la présence du ballon vient inutilement compliquer. C’est une solution hybride, à laquelle il convient de ne pas s’arrêter autrement que comme un moyen quelquefois commode de faire des essais.
En résumé, l’avenir de la navigation aérienne parait résider dans les aéroplanes avec ou sans hélices sustentatrices. Les résultats déjà obtenus permettent d’attendre encore beaucoup mieux.
Pendant ces dernières années, plus particulièrement depuis 1905, on a procédé à de très nombreuses expériences avec les appareils les plus divers. La description même sommaire de ces engins et l’énumération même simplifiée des expériences conduiraient à de trop longs développements; on se bornera à décrire succinctement quelques appareils pris parmi les plus importants et à faire connaître les meilleurs résultats obtenus jusqu’à ce jour.
Aeroplanes Santos-Dumont – Après avoir été un des précurseurs des dirigeables, Santos-Dumont fut en France l’un des précurseurs de l’aviation. Il fit une première tentative sans succès dans le domaine des hélicoptères, puis construisit en 1906 un aéroplane N°14 de la série de ses engins. Cet aéroplane est constitué par six cellules de cerf volant Hargrave, réparties par trois de chaque côté d’une cellule médiane, qui renferme le moteur. Celui-ci, de 25 HP, puis de 50 HP, commande une hélice à l’arrière. Le gouvernail, mobile autour de deux axes, l’un vertical, l’autre horizontal, est à l’avant, à l’extrémité d’une poutre armée, où se trouve la nacelle du pilote. Après avoir effectué avec cet engin quelques vols peu importants, Santos gagna, le 12 novembre 1906, par un vol de 220 mètres, le premier prix de 1.500 francs attribué à l’aviateur ayant fait 100 mètres de vol plané. Un deuxième appareil analogue, mais entièrement en acajou, alors que le précédent était en étoffe et bois, ne donna aucun résultat, pas plus qu’un troisième appareil monoplan, qui parait abandonné aujourd’hui.
Aéroplanes Esnault-Pelterie – Dès juin 1905, Esnault-Pelterie entreprit des études qui aboutirent, au milieu de 1906, à la création d’un moteur spécial léger, adapté à un aéroplane monoplan, avec un gouvernail arrière et un corps fusiforme. C’est dans ce dernier que trouvent place le moteur a l’avant et le pilote à mi-longueur vers l’arrière. Il y eut plusieurs modèles construits; en mai 1908, Esnault-Pelterie a expérimenté un appareil de 17 m de surface pesant 350 kilog., avec lequel il a effectué des vols allant jusqu’à 1.200 mètres, avec une hauteur atteinte de 30 mètres.
Aéroplanes Blériot – Dans le monde de l’aviation, le nom de Blériot est synonyme de champion du monoplan, qu’il veut mener à la victoire. Les premiers essais datent du mois de mars 1907 et, à l’heure actuelle, Blériot construit son neuvième monoplan. Le type général est toujours le même; c’est celui de l’aéroplane à grande vitesse, aux faibles surfaces portantes placées à l’avant, avec corps fusiforme, portant ou non, suivant les modèles, des plans arrière, qui les font ressembler au type Langley. Dans le N°IX, les extrémités des ailes sont mobiles et le moteur a une puissance de 65 HP. Blériot a réalisé de nombreux vols, dont un, celui du 6 juillet 1908 a eu une durée de 8 minutes 24 secondes. Blériot vient enfin, le 31 octobre, de connaître le succès en parcourant 28 kilomètres de circuit fermé (Toury-Artenay-Toury), avec cependant deux pannes intermédiaires. Deux jours après, dans un nouvel essai, le monoplan se cabrait et venait se fracasser sur le sol.
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