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Mon journal de bord au Maroc – suiteImprimer

Auteur : Henri Bregi

Année de publication : 1911

Titre de l'ouvrage : La vie au grand air - octobre 1911 - N° 682

Editeur : La Vie au Grand Air

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[...début]

14 septembre. Toujours accueilli de façon charmante par les notabilités militaires et le Consul de France, j’allais voir mon appareil vers 8 heures et demie. Je vérifiais l’allumage, les bougies, les commandes du stabilisateur et du gauchissement, puis faisant le plein d’essence et d’huile, je me préparais en un mot pour la deuxième étape. Vers 11 heures j’étais prêt. Le général Monier venait me rendre visite accompagnée du général Ditte, du consul de France et de tous les officiers.

Je leur fis la description de mon appareil, et ensuite, j’essayai mon moteur Canton Unné qui rendait très bien. Bien entendu, ceci se passait toujours en plein air, car les hangars n’existent plus depuis mon arrivée au Maroc.

On remit des bâches sur le moteur, et je l’entrai à l’hôtel en compagnie de tous ces messieurs. Dans l’après-midi, je montais sur une mule, accompagné d’un sapeur à mes ordres, et je me dirigeais vers le point le plus éminent de Rabat pour m’orienter. Je parvenais très facilement à reconnaître ma route.

Réception pour dîner au Consulat, nous rentrons nous coucher avec Lebaut, pour nous lever de très bonne heure le lendemain matin.

15 septembre. 4h45 – Debout ! je fixe ma valise qui renferme mon smoking, un costume, trois chemises, quatre faux-cols, deux caleçons et deux paires de manchettes ainsi que quelques affaires de toilette. Nous nous dirigeons vers le camp où je fais presser le départ. Le moteur est mis en marche pour un essai au point fixe. La poste m’est remise, puis: « Lâchez tout ! » Une fois décollée, le moteur se met à avoir des ratés, j’atterris et je cherche le cylindre qui me manque. Lors de mon atterrissage, je suis plaqué de 5 mètres par un remous violent. Heureusement que j’étais encore assez haut, et I’atterrissage s’effectue dans un champ à côté du camp. Malheureusement c’était un terrain très défectueux, rempli de grosses pierres. Je devais cabrer complètement et j’effectuais l’atterrissage sur la queue; celle-ci au contact du sol envoyait le volant sur moi. Je supportais tout de même le choc, mais le tube de la direction se cassait à la fourrure et le volant me restait dans la main gauche. L’appareil était arrêté sans autre casse. Mais je m’apercevais bientôt que la plaque qui tenait le ressort de soupape est également brisée.

Je me mets aussitôt en mesure de réparer. Pour la direction, j’emmanche deux fourrures l’une à côté de l’autre et pars ensuite en quête d’un atelier. Je trouve une corde et je fabrique moi-même la plaque en question. Tout était terminé et réparé quelques instants après, grâce au propriétaire de l’atelier mécanique, M. Gaudin.
Je partirai donc demain matin pour Fez.

16 septembre. Les réparations terminées, je fis mes préparatifs de départ pour aujourd’hui, où j’arrivai à 5 heures du matin sur le terrain. Je constatai, après avoir fait marcher le moteur, qu’une autre plaque soulevant le ressort était cassée; vivement je réparai et me préparai à partir. Le moteur est mis en marche par les soldats du génie. Il avait l’air de tourner; je donnai le départ, et nous partîmes.

Je sens très bien que mon moteur ne rend pas bien; néanmoins je fais un vol au tour de la ville, et me rendant compte que je ne peux continuer, je viens me reposer à la place, en effectuant un virage. Aussitôt je regarde le moteur. Une pipe d’admission est fendue sur le côté. Je suis donc encore retardé d’une journée. Aussitôt je me mets au travail, mais je commence à m’énerver. Une fois la réparation terminée, exténué de fatigue, je vais me coucher.

17 septembre. A 4 heures et demie, réveil; nous nous rendons au départ. Je fais tourner à nouveau le moteur qui ne rend pas très bien. Lebaut se place sur son siège, et nous partons; le temps n’est pas fameux, je reste sur le champ pour exécuter mon vol d’essai, mais je fais néanmoins le tour de la ville. Lebaut me fait signe qu’il a très chaud, je descends aussitôt et en effet, je remarque que le radiateur est bouillant. Une pièce qui retient le ressort d’échappement, s’est cassée. Aussitôt, je vais en fabriquer une autre et me mets en mesure de la remonter. Je rentre très tard, après avoir vérifié soigneusement mon moteur et mon appareil.

18 septembre. J’exécute un vol sur le camp. Les vagues de chaleur et le chauffage subit de l’atmosphère produisent des remous vraiment terribles.
Toutefois, je partirai demain matin pour Fez si le temps le permet et tâcherai de revenir à Casablanca d’une seule traite par la voie des airs. Tout va bien !

Rabat-Meknès. 19 septembre. A 4 heures et demie, je prépare ma valise et monte à cheval pour me rendre sur le terrain où se trouve l’appareil, gardé par la troupe.
Une fois arrivé, je vérifie mes soupapes que je graisse avec soin, et mes fils de gauchissement de direction. J’ouvre le robinet d’essence et d’huile et m’assure du plein. En position avec mon passager à bord, deux zouaves vigoureux lancent l’hélice.

5 heures 35 ! – Je lève la main en signe de départ, je prends immédiatement de la hauteur: 200, 300 mètres et je m’engage sur la ville de Rabat, traverse le Bou Regreg, ensuite la ville de Salé, suivant la forêt de Mamora; je tâche de me repérer, chose peu facile, la piste étant invisible, le terrain très sombre, avec du brouillard de chaleur, le soleil, et en face le vent nord-est. Je suis par conséquent en très mauvaise posture pour ce voyage. Une vague de chaleur me prend à 300 mètres environ, mes lunettes se collent aux yeux, je monte encore: mon baromètre marque 1.000 mètres. Cette satanée vague de chaleur se fait encore sentir. Je grimpe toujours, j’atteins 1.500 mètres et 1.800 mètres en quelques minutes. Mon passager grille littéralement et se retourne pour ne pas recevoir directement en pleine figure, cette chaleur augmentée de celle du moteur. A l’aide de ma boussole, je pique droit vers l’est en me servant également du soleil comme point de repère; puis, sans regarder sur ma carte, je constate mon passage sur le premier poste de Tiflet et je passe en ligne droite.


[fin..]