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Histoire de l’aéronautiqueImprimer

Auteur : Charles Dollfus, Bouché

Année de publication : 1938

Editeur : L'illustration

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Il y aura bientôt dix ans, M. André Schelcher, ami de notre Maison, pilote de sphérique et de dirigeable, organisateur des « rallye » de l’ Aéro-Club de France, vint nous présenter trois volumes.
C’était une belle histoire de la navigation aérienne et elle avait ceci de particulier que L’Illustration en était l’auteur sans le savoir: M. Schelcher s’était plu en effet à ordonner les pages que depuis trente ans nous avions consacrées à l’aéronautique. Cet album était plein d’intérêt. Nous pensâmes d’abord à l’éditer presque sous cette forme. Cependant, la place faite dans L’Illustration aux événements aéronautiques avait surtout dépendu de F intérêt momentané qu’ils présentaient pour l’opinion, Avec le recul du temps, un reclassement s’imposait et aussi l’ introduction des matériaux importants qui étaient restés hors du cadre de t actualité hebdomadaire.

Également M. Schelcher – si jeune qu’il eût commencé ces albums – n’avait pu en recueillir la matière dans la collection complète de notre journal. Enfin, si ancienne que fût L’Illustration, l’aspiration aéronautique des hommes et même la navigation aérienne étaient plus vieilles encore. Ainsi nous en vînmes à concevoir une Histoire de l’Aéronautique ou les documents de L’Illustration recevraient la place convenable, mais ou le sujet serait traité dans toute son étendue. Le principe d’une Histoire adopté, il restait à trouver les historiens. Sans doute, L’Illustration disposait déjà, depuis 1925, de la collaboration régulière de M. Henri Bouché, qui, entré dans l’aviation de guerre en 1915, doit peut-être à sa formation universitaire et normalienne une part de l’objecôivité avec laquelle il n’a cessé de renseigner l’opinion sur les réalités de la navigation aérienne. Mais, cette fois, c’était aux origines mêmes qu’il fallait remonter, et c’est alors que, d’accord avec M. Bouché, L’Illustration décida de s’adresser à M. Charles Dollfus.

Aéronaute ayant la longue expérience tant du ballon libre que du dirigeable, fréquent « usager » de la locomotion aérienne, conservateur et l’un des fondateurs de l’officiel Musée de l’Aéroîautique, aujourd’hui Musée de l’Air, M. Charles Dollfus a consacré sa vie à de patientes recherches sur l’histoire de cette navigation. Il a donc pu faire profiter notre livre de son érudition et aussi des précieuses archives de sa collection privée, la première du monde par le nombre des gravures, livres et documents réunis en près de trente années sur cet unique sujet. Entre les deux auteurs, liés par une ancienne collaboration qui devait encore contribuer à l’unité de l’ouvrage, la division du travail se fit tout natuòellement. Les trois premiers chapitres, qui vont des origines jusqu’à la guerre de 1914-1918, sont l’œuvre de M. Charles Dollfus: ils exposent la genèse de la navigation aérienne.
L’emploi des aéronefs depuis 1.914 et les perspecôives d’avenir ouvertes par cette mise en pratique sont étudiés par M. Henri Bouché dans les chapitres IV et V. Ces cinq chapitres correspondent à cinq grandes périodes:
– La période de l’aéronautique « sans moteur », qui est celle des ailes artificielles et des ballons;
– La période mécanique et expérimentale (1843-1900), dominée par l’apport de la vapeur;
- La période du moteur à explosion et des réalisations effectives (1900-1914): dirigeabilité des ballons, vol soutenu des aéroplanes, premiers voyages aériens;
- La période de la guerre 1914-1918;
– La période d’emploi généralisé que nous vivons.

L’introduction placée en tête de chaque chapitre précise ces définitions. Une chronologie raisonnée exprime, elle aussi, l’esprit de l’ouvrage. Les auteurs ont trouvé aux archives de L’Illustration une documentation considérable. Nos services artistiques et notre imprimerie ont tenu dans cette édition le vaste rôle technique sans lequel un ouvrage de cette importance, préóenté avec le luxe et les soins voulus, ne saurait être mené à bien, fût-ce en trois ans. Un exemple de ces soins doit être donné: pour distinguer dans les légendes, parmi les disparus, les victimes de la navigation aérienne et en même temps leur rendre hommage, un signe typographique – croix funéraire ailée äessiné et gravé spécialement précède la date de la mort.

Pour les premier et deuxième chapitres, la collection Charles Dollfus a fourni tous les documents qui ne sont pas accompagnés d’une mention spéciale. Parmi les autres sources indiquées sous F image, il Y a lieu de citer le Musée de l’Air, le Musée Carnavalet, la Bibliothèque Nationale, la Bibliothèque de la Ville de Paris, le Musée Jean-Houdon, enfin l’ancienne collection privée de M. Léon Barthou. Le troisième chapitre a notamment mis en œuvre les documents de la collection Charles Dollfus, du Musée de l’Air, des précieuses archives de la revue L’Aérophile, créée en 18.93, et celles, très abondantes pour cette période, de L’Illustration. Un fait important pour la conservation de l’image des grands événements s’est produit à cette époque: les reporters photographes ont suivi avec une ardeur toute particulière les expériences des quinze preíières années du siècle, et c’est notamment aux maisons RoI, Branger et Meurisse que l’on doit ces enregistrements historiques.

On trouvera dans une liste spéciale, à la fin de cet ouvrage et pour son ensemble, l’origine indiviäuelle des documents provenant des agences photographiques. Le quatrième chapitre utilise pour une large part des documents presque tous inédits réunis pendant la guerre même par M. Henri Bouché. Cette collection doit beaucoup de sa valeur au fait que M. Bouché, lieutenant, puis capitaine aviateur, tint aux armées, de 1915 à 1918, des postes imporôants dans l’aviation d’observation et de reconnaissance. Il a pu ajouter à cette documentation l’apport des archives de L’Illustration et des précieuses collections recueillies et classées par les Archives d’art et d’histoire ainsi que par le Musée de la Guerre: L’Imperial War Museum, divers éditeurs étrangers, des combattants de l’aviation – tant français et alliés qu’anciens ennemis – doivent être indiqués ici parmi les sources de documents. Une mention particulière doit aller à la collection Cockburn-Lange, recueil unique de photographies prises en pleine’ action et enregistrant des combats entre aviateurs britanniques et allemands.

L’histoire et l’étude de la navigation aérienne actuelle, qui font l’objet du chapitre V, doivent beaucoup à la revue L’Aéronautique, que M. Henri Bouché dirige depuis 1919 chez Gauthier- Villars et Cie. Les archives de cet important organe ont elles-mêmes bénéficié des voyages d’étude de son directeur, qui a utilisé l’avion dans le ciel des cinq parties du monde; la périodicité mensuelle de L’Aéronautique et les traditions scientifiques de son éditeur ont conduit à faire dans ces archives, pour la revue même, une sélection toujours objective dont notre Histoire a naturellement tiré parti. Enfin, on notera la place faite aux photographies des aéronautiques militaire et navale des Etats-Õnis; de tels documents, obtenus dans l’entraînement des unités et courtoisement communiqués par l’intermédiaire des représentants diplomatiques, assurent à l’aviation américaine une publicité légitime.

Pour préciser le retour aux documents originaux qui caractérise la méthode suivie, nous donnerons un exemple: les portraits des grands précuróeurs de l’aérostation au dix-huitième siècle, les deux frères Montgolfier, Pilaire de Rozier, Charles, Robert, Blanchard, Mme Blanchard, sont tous des peintures ou dessins originaux d’après nature et tous inédits sauf celui de Joseph Montgolfier. A partir de 1859, les principaux événements sont évoqués par des photographies ou l’on verra figurer déjà – il y a soixante-treize ans õn ballon dirigeable, un ballon transatlantique et les portraits d’aéronautes dont la carrière remonte à 1821 et 1824. L’origine des gravures n’est indiquée sous l’image que dans des cas définis: lorsque le document a été prêté par un collectionneur privé autre que les auteurs, par un éditeur ou par un dépôt public. On nous excusera de borner ici ces explications sur l’origine des matéòiaux mis en œuvre.

De toutes parts et en tous pays, l’effort de L’Illustration pour éditer une Histoire de l’Aéronautique riche d’images a été secondé avec une bonne grâce dont nous sommes reconnaissants à tous.La base de cette Histoire est donc le document authentique et choisi. Les auteurs, tous deux bien avertis d’une navigation qu’ils ont pratiquée, ont tout fait pour se dégager de l’anecdote, du sentiment et du nationalisme. Il en résulte, au bénéfice de l’exactitude historique, un certain déplacement des idées reçues; mais l’ouvrage en acquiert aussi – croyons-nous – un caractère qui, toute question de présentation et de luxe mise à part, suffit à le distinguer des livres nombreux publiés sur le sujet. Des omissions ou des erreurs ont pu se produire malgré la rigueur des recherches et le soin apporté aux corrections: les auteurs et l’éditeur apprécieront qu’elles leur soient signalées.