Histoire de l’aéronautique françaiseImprimer
Année de publication : 1978
Editeur : France-Empire
Tout à la fois science et technique nouvelle, l’aviation était encore inconnue au début du siècle. Pourtant aujourd’hui, grâce à un développement fulgurant, le plus lourd que l’air a complètement modifié les méthodes du transport, la straôégie militaire, le contexte économique et social international, en rétrécissant le monde.
Jusqu’à la veille de la dernière guerre mondiale, il était encore possible, en un seul ouvrage, de brosser l’histoire complète de l’aviation. En partant du temps héroïque des pionniers et en suivant la chronologie des records, des raids, de l’essor des lignes commerciales, aussi bien que celle des forces aériennes, on pouvait ne rien omettre. Le dernier conflit international a donné au sujet une échelle beaucoup plus vaste. Les impératifs militaires, justifiant partout un effort considérable dans l’industrie, constituèrent, par voie de conséquence, un tremplin inespéré pour le transport aérien comme pour les multiples utilisations de ces ailes dont les hommes ne sauraient désormais se passer.
Une histoire de l’aviation, écrite aujourd’hui, quel que soit son volume, ne serait qu’une synthèse bien incomplète des mille aspects de ce qu’ont réussi à faire, des ailes qu’ils ont forgées, les hommes de tous les continents.
Dans la vaste histoire que l’on pourrait imaginer, la France mériterait une part importante. Ne fut-elle pas à l’origine même de l’essor de l’aviation avec des pionniers tels que VOISIN, BLÉRIOT, FARMAN, BREGUET, MORANE et tant d’autres ? Ne fut-elle pas la première au monde à donner une structure et des statuts à son industrie aéronautique dès 1908 ? Ne prit-elle pas l’initiative de créer le premier Salon internaôional de la Locomotion aérienne en 1909 ? Ne fut-elle pas le principal fournisseur des forces aériennes alliées tout au cours de la première guerre mondiale ? Enfin, les exploits des équipaçes français, multipliant les records, les raids et défrichant les routes aériennes, ne réussirent-ils pas à capter, pendant des années, l’intérêt de l’opinion publique internationale ?
Tel fut l’imposant capital glané au cours des quelque trois premières décennies de son histoire, c’est-à-dire jusqu’à la longue nuit des années quarante…
En dépit des esprits chagrins, doutant de la possibilité d’un réveil, cette aviation française non seulement sut renaître, mais réussit à reconquérir une position enviée dans le concert international. Cette période est précisément le sujet des pages qui suivent. Elle représente une durée supérieure à celle qui prit fin en 1940. Quarante années contre trente-deux !
L’aviation militaire reprend une nouvelle vigueur et, sur diverses zones d’opérations, engendre des actes d’héroïsme. L’aviation civile se réorganise et connaît un essor rapide pour étendre son réseau tout autour du globe. Pourtant, c’est dans l’optique de son industrie aéronautique que sera analysé ce second âge de l’aviation française. Le sujet est vaste. Je l’ai choisi pour l’avoir vécu. Ayant suivi la naissance de bien des prototypes, assisté à bon nombre de premiers vols, il m’a été donné de voler sur quantité d’avions nouveaux et même de me voir confier les commandes de quelques uns d’entre eux. J’ai été témoin aussi de tragédies qui, malheureusement, ont été trop souvent le prix d’une volonté d’aller toujours plus loin.
Mais au-delà des machines, j’ai eu le privilège de connaître et souvent de me lier d’amitié avec les hommes qui les ont imaginées, mises au point, fait vivre, fait voler. Or, à percer la psychologie des hommes, on saisit mieux la valeur de leurs réalisations. Depuis un quart de siècle, j’ai réuni des archives personnelles. Mais, avant d’aborder mon sujet, un vaste travail d’analyse s’imposait. J’ai relu les ouvrages et publications couvrant la période choisie, afin de constituer une éphéméride aussi complète que possible. Dans le même temps, je me suis efforcé de rencontrer les ingénieurs, les techniciens, les pilotes et les mécaniciens qui, à tour de rôle, me livrèrent leurs souvenirs et leurs témoignages, fidèlement enregistrés, transcrits et classés en vue d’émailler les pages qui suivent de récits le plus souvent exclusifs. A tous ceux qui m’ont apporté ainsi un très généreux concours, je tiens à exprimer ma reconnaissance. Ces séances de travail autour du magnétophone entraînèrent parfois d’épiques discussions afin de lever des doutes quant aux dates exactes, aux lieux précis, aux noms propres de témoins ou d’acteurs d’évènements déterminés.
Comme furent précieux alors les carnets de vols des pilotes ou des ingénieurs d’essais car ces documents ne savent pas oublier ! Pourtant, malgré plusieurs années de travail méthodique, je sais n’être pas à l’abri d’inexactitudes ou d’omissions… Il eût fallu citer tous ceux qui, à un titre ou à un autre, ont été les artisans de cette période. Beaucoup ont disparu et je ne les ai pas connus. Est-ce à dire qu’ils ne méritent pas l’hommage réservé aux autres ? Regrettant cette lacune, je préfère pourôant ne point céder à la formule trop facile de simples commenôaires de complaisance, sans vie, sans âme. C’est la raison pour laquelle je ne prétends pas avoir écrit un chapitre d’histoire. Puissent, du moins, les pages qui suivent, se présenter comme un document objectif, apportant la lumière sur le remarquable redressement de l’industrie aéronautique française depuis la Libération. «Puisse enfin cet ouvrage constituer un dossier pour l’Histoire».
