L’AéronautiqueImprimer
Auteur : BANET-RIVET
Année de publication : 1898
Editeur : Société française d'éditions d'art
INTRODUCTION LES ORIGINES DE L’AÉRONAUTIQUEI. — De tout temps et en tout lieu, l’homme s’est demandé s’il ne serait pas possible d’imiter l’oiseau et de quitter la terre en s’élevant dans les airs. Les légendes de l’antiquité, comme celle de Dédale et de son fils Icare, abondent en récits de tentatives de ce genre, récits qui prouvent que, s’inspirant de la Nature, l’homme a d’abord cherché à imiter le vol des oiseaux.
Au iv° siècle avant J.-C, Archytas de Tarente, savant pythagoricien auquel on attribue l’invention de la vis, de la poulie et du cerf-volant, aurait, d’après Aulu-Gelle, construit une colombe en bois pouvant s’élever en l’air et s’y soutenir au moyen d’un mécanisme resté inconnu.
Des récits dignes de foi racontent qu’au xi° siècle, Olivier de Malmesbury, savant bénédictin anglais, entreprit de voler, en s’élançant du haut d’une tour, à l’aide de deux ailes attachées à ses bras et à ses pieds. On dit qu’après avoir pu parcourir une certaine distance, il tomba et se cassa les jambes. Il attribua, et avec raison, cet accident à ce qu’il avait oublié de munir son appareil d’une queue, qui lui aurait permis de garder son équilibre et d’atterrir doucement.
Au xvie siècle, Léonard de Vinci a établi, le premier, que l’oiseau, qui est plus lourd que l’air, s’y soutient et avance « en rendant ce fluide plus dense là où il passe que là où il ne passe pas ». Pour voler, il doit prendre son point d’appui sur l’air : son aile, en s’abaissant. exerce sur ce fluide une pression de haut en bas, dont la réaction de bas en haut force le centre de gravité de l’animal à remonter à chaque instant à la hauteur où l’oiseau désire se maintenir. Certains croquis parvenus jusqu’à nous, montrent que Léonard de Vinci s’était même occupé, comme Olivier de Malmesbury, de permettre à l’homme de voler à l’aide d’ailes convenablement fixées à son corps.
On lui doit aussi l’invention du parachute qu’il décrit dans les termes suivants : « Si un homme a un pavillon de toile empesée, dont chaque face ait 15 brasses de large et soit haute de 12 brasses, il pourra se jeter, de quelque grande hauteur que ce soit, sans crainte de danger. »
Enfin, on peut encore dire que c’est à Léonard de Vinci qu’on doit l’idée du premier hélicoptère : « Si, dit-il, cet instrument, en forme de vis, est bien fait, c’est-à-dire fait en toile de lin dont on a bouché les pores avec de l’amidon, et si on le tourne avec vitesse, une telle vis se fera son écrou dans l’air et montera en haut. On en aura une preuve en faisant mouvoir rapidement à travers l’air une règle large et mince : le bras est forcé de suivre la direction du tranchant de cette planchette. La charpente de ladite toile doit être faite avec de longs et gros roseaux. On en peut faire un petit modèle en papier, dont l’axe soit une lame de fer mince que l’on tord avec force. Quand on laissera cette lame libre elle fera tourner la vis. »
En 1680, Borelli publia des études remarquables, par leur justesse, sur le vol des oiseaux. D’après lui, l’aile agit sur l’air, dans la phase d’abaissement, à la façon d’un plan incliné, pour produire, par suite de la résistance que lui oppose ce fluide, une réaction qui pousse le corps de l’animal en haut d’abord et, de plus, en avant. Quant à l’action de l’aile qui remonte, elle est analogue à celle d’un cerf-volant, et, par suite, elle continue à soutenir le corps de l’oiseau en attendant le coup d’aile qui va suivre. Mais Borelli ne songea nullement à profiter de ses observations pour donner à l’homme les moyens de voler.
En 1742, on s’occupa beaucoup de la tentative du marquis de Bacqueville, renouvelée de celle d’Olivier de Malmesbury et qui se termina par un accident analogue.
Paucton qui, en 1768, a esquissé le projet d’un véritable hélicoptère, mérite aussi une mention.
Enfin, en 1784, Launoy et Bienvenu présentèrent à l’Académie des Sciences de Paris, et firent fonctionner devant elle, un hélicoptère mû par un fort ressort. Mais, déjà, Joseph et Étienne Montgolfier remplissaient le monde du bruit de leur découverte, et on n’accorda peut-être pas à l’ingénieuse machine de ces aviateurs tout l’intérêt qu’elle méritait.
II. — On sait, depuis Archimède, que tout corps plongé, entièrement ou non, dans un liquide en équilibre, subit de la part du liquide une poussée verticale, dirigée de bas en haut, égale au poids du liquide déplacé.
Considérons donc un corps plongé entièrement dans un liquide, de l’eau par exemple :
Si son poids est plus grand que la poussée qu’il subit, il tombera au fond de l’eau sous l’action d’une force descensionnelle égale, à chaque instant, à la différence entre le poids du corps, qui est invariable, et la poussée, qui est invariable aussi et, par suite, est constante non seulement en direction, mais encore en grandeur.
Si le poids du corps est plus petit que la poussée, celle-ci l’emporte, et, contrairement aux lois ordinaires de la Pesanteur, le corps s’élèvera sous l’action d’une force ascensionnelle, qui, évidemment, sera encore constante en grandeur comme en direction. Un bouchon maintenu au fond d’un vase plein d’eau et que l’on abandonne à lui-même offre un exemple de ce mouvement ascensionnel.
