L’air (Que sais-je)Imprimer
Auteur : Clément Duval
Année de publication : 1963
Editeur : Presses Universitaires de France
L’air nous intéresse pour de nombreuses raisons. De tous temps, ses propriétés, sa constitution, son importance pour la vie ont retenu l’attention des penseurs et des expérimentateurs. Nous le respirons continuellement; l’un de ses constituants, l’oxygène, permet la respiration chez la plupart des animaux et des plantes; les poissons eux-mêmes utilisent l’air dissous dans l’eau. Depuis les tentatives malheureuses d’Icare, puis, plus près de nous, de Pilâtre du Rozier, il est devenu un support pour des moyens de communication variés, de plus en plus rapides, dont la réalisation n’a pu se faire qu’après la création et le développement de sciences nouvelles comme la mécanique des fluides.
L’air joue un grand rôle, en outre, dans tous les problèmes intéressant les climats et la distribution des populations, la propagation des sons, celle des vents, l’érosion des roches, les chutes de pluie, de neige, de grêle, la formation des brouillards, etc., liés de toute évidence au développement de l’agriculture et à la nourriture des êtres vivants. Si nous quittons ce point de vue terre à terre pour ne songer qu’à la recherche scientifique, nous remarquons qu’étant donné sa facile accessibilité, son prix nul, il devait tenter les savants pourvus seulement d’un matériel sommaire. C’est lui qui a fourni la notion de pression atmosphérique avec toutes ses conséquences comme celle de la production du vide. Sa liquéfaction devait conduire à la découverte de nouveaux corps, à la réalisation des basses températures, à la conquête du zéro absolu et aux phénomènes variés qui, comme la supraconductivité et les bizarreries offertes par l’hélium, se produisent dans son voisinage.
Les études concernant la composition de l’air ont contribué, chez Lavoisier et ses contemporains, à la création de la ‘chimie moderne après que distinction fût faite entre mélange et combinaison. Cent ans plus tard, la découverte des gaz rares devait créer un nouveau chapitre de la Science. La façon dont ils ont pris place dans la classification périodique de Mendéléev amenait aussitôt de nouvelles idées sur la structure de l’atome; le néon permettait de créer la notion d’isotope artificiel; les discontinuités dans les spectres de rayons X en franchissant un gaz rare tentèrent le génie de Moseley, puis, ce fut la course aux corps simples manquants et aux transuraniens, tandis que l’hélium fournissait une source commode de projectiles pour les expériences de radio-activité artificielle.
La chimie appliquée, elle aussi, a profité grandement des études sur l’air. Les plantes ont besoin d’azote; les hommes ont besoin (paraît-il) d’explosifs ; la fixation de cet azote atmosphérique sur le carbure de calcium d’abord, sur les métaux ensuite, sa séparation de l’oxygène par le charbon devaient conduire à l’une des plus magnifiques synthèses réalisées dans ce siècle, celle de l’ammoniac. Il ne faut pas oublier enfin que la physiologie et la médecine ont fait des progrès considérables au fur et à mesure de la publication des propriétés sur l’air; ce fut avant tout l’explication de la respiration et de la digestion, la création de la respiration artificielle, le séjour et le travail dans l’air comprimé, la réalisation de tous les problèmes d’hygiène qu’entraîne le séjour en commun dans les espaces clos, les climatisations, le transport à haute altitude, etc. Indirectement, étaient exécutés de magnifiques travaux conduisant à la structure des hémoglobines, des chlorophylles, des cytochromes, à la réalisation de subtils appareils permettant de suivre la respiration d’une seule cellule de levure de bière !
